‹ MassillonChapitre 115 sur 215 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

perplexités, ses agitations, ses efforts impuissants pour s'arracher à sa boue, et le poids fatal |qui l'y entraînait à l'instant, vit-on jamais tant de faiblesse ? Et cependant l'Église a-t-elle vu de conversion plus glorieuse à la grâce de Jésus-Christ? » Le même passage, dans l'édition de Trévoux ressemble au texte de Massillon comme un squelette ressemble à un corps vivant. « Madeleine était vive pour le plaisir, faible pour la vertu et ne paraissait pas assez forte pour soutenir les rigueurs d'une pénitence proportionnée à ses crimes; cependant quelle conversion fut jamais plus sincère, plus prompte, plus parfaite que la sienne ! Augustin était ardent pour le plaisir, grand amateur des maximes du monde ; il semblait être né avec des inclinations toutes tournées vers les créatures; cependant quel fut son amour pour Dieu! vit'On jamais plus de faiblesse dans un pécheur? Cependant vit-on jamais homme devenir plus conforme à l'image de Jésus-Christ ? »

Malgré ces trahisons qui pouvaient déflorer sa parole et faire connaître à ses auditeurs ce qu'il allait leur prêcher, Massillon, pendant dix-huit ans, ne cessa jamais d'être entendu avec plaisir. Une anecdote que nous trouvons dans la vie du P. Hubert, de l'Oratoire, nous montre comment la haute société accourait en foule partout où Massillon se faisait entendre. Dans les dernières années du P. Hubert, le prédicateur destiné pour le Carême de Saint-Jean- en- Grève vint à manquer. Massillon , dont les débuts avaient été si brillants, était retenu pour le Carême de Saint-Gervais. « On sait quelle est la proximité de ces deux églises et combien il est difficile qu'un des deux prédicateurs fasse foule, sans que Tauditoire de l'autre se trouve réduit à un plus petit nombre. On sait encore combien l'amour de la réputation qui suit les grands

talents est vif et délicat dans ceux qui en jouissent longtemps, et qu'un prédicateur de ce caractère n'aime pas entrer en concurrence avec un plus jeune, surtout lorsque ce dernier joint des talents rares, singuliers, extraordinaires à la grâce de la nouveauté. Mais, de si basses réflexions n'entrèrent point dans le cœur du P. Hubert. Il crut que puisque Dieu lui donnait encore assez de force, il ne devait pas refuser son ministère à la paroisse qui l'appelait. Sans s'inquiéter du succès, content, disait-il, de prêcher aux gens de livrée auxquels la foule ne permettait pas d'avoir place avec leurs maîtres aux sermons de son illustre voisin, il fournit sa carrière avec paix. 11 prit part à la gloire de son collègue sans la lui envier (1). »

Massillon se fit rarement entendre en province. Pourtant il ne put refuser de se rendre à Nancy, où le duc de Lorraine le pria de venir prêcher un Carême. Sa réputation l'avait précédé. Il trouva dans cette petite capitale un goût très-vif pour la prédication et d'heureuses habitudes de piété. On accourait de trente lieues à la ronde pour l'entendre (2). Un zèle si rare étonna Massillon. 11 aurait dû lui faire comprendre que la province, moius blasée que la capitale, avait besoin d'une éloquente exposition des vérités de la foi, et qu'il ferait bien de parcouiir la France en missionnaire. C'eût été, du reste, le meilleur moyen de se faire désirer à Versailles et de reparaître devant la cour.

En prêchant à Paris, Massillon, quoique trop enclin

(1) V. Notice biographique sur le P. Hubert, en tète de ses sermons. Ce prédicateur grave et solide ne dédaignait pas toujours les antithèses mises k la mode par quelques-uns de ses prédécesseurs. Il divise ainsi son sermon pour le jour des morts : « On doit regarder les âmes du purgatoire, 1" comme d'innocetites criminelles ; 2° comme d'heureuses misérables.

(•2) V. Bougerel, qui s'appuie, dit-il, sur des mémoires particuliers.

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