CHAPITRE IX
voir jamais séparé l'instruction des auditeurs de l'éloge des saints. Il est certain que Massillon n'est jamais monté en chaire uniquement pour faire briller son esprit. Ses panégyriques ne sont pas des discours académiques, mais des sermons de morale. Plusieurs doivent être comptés au nombre de ses premiers essais. Les panégyriques de saint Benoît, de saint Bernard, de saint Thomas d'Aquin, datent probablement de sa jeunesse. Ceux de sainte Agnès et de sainte Madeleine me paraissent contemporains de son Grand-Carême. Celui de saint Jean-Baptiste a été prêché à Sceaux devant le duc et la duchesse du Maine. Celui de saint François de Paule a été prêché à Paris devant le cardinal de Noailles. Celui de saint Etienne a été prêché à Meaux, peu de temps après la mort de Bossuet.
Dans les panégyriques de saint Bernard, de saint Louis et de saint Thomas d'Aquin, Massillon s'est attaché à présenter un fidèle tableau de la vie de ces grands saints, qui furent en même temps de grands hommes aux yeux du monde, persuadé, dit-il, que le simple récit de la vie d'un saint est à la fois un parfait éloge de ses vertus et une excellente instruction pour ceux qui entendent raconter les beaux exemples qu'il a donnés. Se conformant aux habitudes de son temps, il crut devoir partager en deux ou trois points ses panégyriques. Les oraisons funèbres elles-mêmes n'échappaient pas à ces divisions obligées. Il nous dit de saint Louis que sa sainteté ne l'empêcha pas d'être un grand roi et que sa royauté ne l'empêcha pas d'être un grand saint. Il nous montre saint Bernard tour à tour parfait religieux, homme apostolique, docteur invincible. Il nous fait admirer saint Thomas d'Aquin guidé par la piété vers la science et affermi dans la science par la piété. Un panégyrique biographique est souvent gêné par ces divisions artificielles. Lorsqu'on
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se propose de louer un saint en racontant l'histoire de sa vie et d'édifier les fidèles par le touchant exemple de ses vertus ; lorsqu'on ne veut pas transformer un panégyrique en sermon de morale , une division en plusieurs points, dont chacun doit développer une idée principale, est en général inutile. Pourquoi ne pas exposer simplement les grandes actions accomplies par un saint depuis sa naissance jusqu'à sa mort, au lieu de dire dans un premier point ce que Dieu a fait pour ce saint et dans un second point ce que ce saint a fait pour Dieu ? Les diverses périodes de la vie d'un saint peuvent servir naturellement à déterminer les diverses parties de son éloge oratoire .
Dans les autres panégyriques, Massillon n'accorde pas une large place au récit de la vie des saints dont il prononce l'éloge. Convaincu que la plupart de ses auditeurs connaissent aussi bien que lui l'histoire des héros chrétiens dont il doit célébrer la sainteté, il rappelle en peu de mots les principaux traits de leur vie et s'attache à faire ressortir de chacun de ces traits une leçon, une règle de conduite qu'il se plaît à développer. Le moraliste l'emporte sur le panégyriste. j<c J'abrège ce récit, dit-il, pour venir à l'instruction.» Les plans de plusieurs de ces discours sont légèrement tracés, quelques-uns sont plus subtils que solides et pourraient servir de cadre à l'éloge de tout autre saint que celui dont l'orateur s'est proposé de célébrer les vertus. Mais les développements des divers points de morale que la vie d'un saint lui donne Toccasion de traiter sont toujours ingénieux et brillants. Malgré quelques légères négligences qu'on pourrait signaler ça et là (1), le style a partout
(1) Ainsi dans le panégyrique de saint Benoît : « Il est difficile d'offrir d'abord aux illusions du monde, pas encore approfondies un esprit en garde pour ainsi dire, et une âme qui se défie de ses