‹ MassillonChapitre 120 sur 215 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

la même ampleur soutenue, la même magnificence oratoire. On y admire toujours une abondance inépuisable, une merveilleuse harmonie, un mélange heureux de hardiesse et de retenue, un goût exquis qui ne se dément jamais.

Avec quelle linesse Massillon analyse et décrit, dans son panégyrique de saint Benoît, les prestiges trompeurs du monde et les courageux efforts que doit faire une âme chrétienne pour ne pas ajouter à ces attraits décevants des charmes imaginaires, pour ne désirer que le vrai bonheur et ne s'éprendre que des biens éternels, (c Dieu a dispensé avec un ordre si admirable et si divin nos destinées que, quelque heureuse qu'en paraisse la condition, il manque toujours quelque chose à notre bonheur. Mais loin de chercher dans les promesses de la foi cette félicité qui nous manque, nous la cherchons dans les promesses du monde même. Nous remplaçons par Terreur de notre imagination ce qui manque à nos désirs : nous ne jouissons jamais, nous espérons toujours. C'est-à-dire, ce n'est pas le monde présent que nous aimons; nous n'y sommes pas assez heureux; c'est ce monde chimérique que nous nous formons à nous-mêmes. Ce n'est pas un bonheur qui nous éloigne de Dieu, car il n'y en a point hors de lui ; c'est une vaine image après laquelle nous courons, sans jamais pouvoir y atteindre ; c'est un prestige qui nous joue, qui ne se montre jamais que de

embûches. » — « Ces vaines images, pas encore effacées, se^ reprér sentent sans cesse à l'âme retirée. » — « Pourquoi s'obstiner jusqu'à la fin à nous attacher à l'ombre qui nous fait, h l'erreur qu nous accable de son vide et de son néant, et fuir la vérité qui nous rappelle ? » Dans le panégyrique de saint François de Paule : « Un pontife qui ne s'est pas clarifié lui-même. » Nous trouvons aussi ce mot employé comme S3^nonyme de glorifier dans une des conférences faites à Saint-Magloire : « Vous vous clarifiez vousmêmes. » Le panégyrique et les conférences on dû être composés vers le même temps.

loin, et qui s'évanouit et s'éloigne encore lorsque nous croyons y toucher et le saisir. 0 mon Dieu 1 et c'est à ces choses que nous sacrifions notre bonheur éternel! Le monde tout seul est trop triste et trop dégoûtant pour nous plaire et pour nous séduire, il faut que nous nous en mêlions pour nous-mêmes, et que nous aidions par nos erreurs l'impuissance de ses attraits. Ainsi ce monde misérable et réprouvé que nous aimons n'existe nulle part; c'est une chimère qui n'est qu'en nous mêmes ; c'est une divinité imaginaire qui est l'ouvrage de notre cœur tout seul : ce sont nos désirs et nos espérances qui sont nos dieux, auxquel nous sacrifions tout et qui forment nos seuls plaisirs et nos passions les plus violentes. »

C'est ainsi qu'on rencontre dans les discours les moins connus et les moins cités de Massillon des pages admirables qui lui assignent une place à côté de nos plus célèbres moralistes. On sent qu'il est dans son véritableMomaine quand il étudie et met à nu les faiblesses du cœur humain, en présence de tout cet .ensemble de tentations résumées dans un seul mot : le monde. 11 n'a pas eu la prétention d'écrire des maximes ni de tracer des caractères, mais il a jeté sur nos maladies morales un regard sûr et profond qui embrasse l'âme entière et pénètre ses replis les plus cachés. Il n'a pas circonscrit son observation, comme La Bruyère, et ne s'est pas arrêté, comme Jja Rochefoucauld, à la vue fixe et prolongée d'une seule passion. Qui a distingué plus clairement que lui les causes des perpétuelles hésitations du cœur de l'homme , de sa facilité à choisir ce qae la raison condamne et de sa promptitude à trouver des excuses pour justifier son choix? Il ne sait que trop qu'on remet aisément au lendemain un changement de conduite réclamé par la conscience. On espère que la veillesse sera un temps plus

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