‹ MassillonChapitre 121 sur 215 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

favorable à la vertu. Massillonrépond,(ians le panégyrique de sainte Agnès. « Nos passions finissent-elles aveclajeunesse?... Les premiers dérèglements ne laissent-ils pas un fonds de faiblesse qui semble se fortifier avec les années, et la fragilité d'une vieillese criminelle n'est-elle pas toujours le fruit et la punition de la licence des premières mœurs ? Une femme mondaine ne veut-elle pas encore plaire au monde, lorsqu'elle n'en est plus que la risée et le dégoût? Ne cherche-t-elle pas encore des regards qui la fuient? Ne ranime-t-elle pas encore un visage jlétri et suranné, par des artifices qui rappellent plus ses années que ses attraits ? Ne se donne-t-elle pas encore une jeunesse empruntée qui ne trompe que ses yeux seuls ! Que dirai-je ? N'achète-t-elle pas peut-être des assiduités criminelles qu'elle ne saurait plus mériter? Des choix honteux ne deviennent-ils pas la ressource de son indigne faiblesse? Et l'âge, en changeant ses traits, a-t-il changé quelque chose à la honte de son caractère ? Vous voulez nous apprendre, ô mon Dieu, qu'on ne revient pas aisément à vous, quand une fois on vous a abandonné jusqu'à un certain point; et qu'un cœur livré depuis longtemps au monde et aux plaisirs n'offre presque plus de ressource à la grâce. »

On invoque aussi pour excuse le tempérament et on prétend qu'on n'en sera plus la victime dès qu'on aura ressenti les premières glaces de la vieillesse. Mais n'appelle-t-on pas tempérament l'habitude du vice volontairement contractée, quia fini par rendre comme nécessaire le dérèglement, par vouer au crime la volonté, par secouer le joug des devoirs et même celui des bienséances? « Quel siècle a jamais vu plus de ces tristes exemples que le nôtre ? » demande Massillon, effrayé une fois de plus par le flot montant de l'immoralité ! « Le crime se cachait du moins autrefois ; il fait gloire au-

jourd'hui de se donner en spectacle. C'était autrefois une œuvre de confusion et de ténèbres ; il affecte aujourd'hui la lumière et semble chercher effrontément le grand jour, dans un sexe même dont la pudeur a toujours fait le mérite. On voit des femmes infortunées porter avec ostentation sur leur front leur déshonneur et leur ignominie ; tirer une gloire honteuse que le public soit instruit du succès de leurs funestes appas ; compter comme autant de victoires et de titres d'honneur les âmes faibles qu'elles ont fait tomber dans le piège ; déchirer elles-mêmes sans pudeur le voile que la bienséance avait mis jusqu'ici sur le dérèglement, et prendre, ce semble, autant de soin de publier leur honte que les siècles précédents en avaient pris de les cacher. On voit l'impudence devenue un bon air, l'indécence poussée à un point qu'elle inspire même le dégoût à ceux à qui elle s'efforce de plaire, et le nom de la pudeur, consacré à celui de la Vierge illustre que nous honorons, devenu un nom de mépris et de risée. » Les derniers mots de cet éloquent réquisitoire , qui étonneraient dans la bouche d'un prédicateur contemporain, contiennent une transparente allusion au rôle d'Agnès, dans la comédie de l'Ecole des femmes. Ce n'était pas la première fois que la chaire se plaignait des hardiesses du théâtre. Depuis, d'autres poètes comiques ont poussé plus loin que Molière l'audace de leurs profanations.

Le panégyrique de saint Etienne fut prêché à Meaux, le 2 août 1706, en présence de Monseigneur Henri de Thiard de Bissy, qui avait succédé à Bossue t, mort deux ans auparavant, et qui fut depuis cardinal. Nous hsons, en effet, à cette date , dans le journal de l'abbé Ledieu : « Lo P. Massillon, de l'Oratoire, célèbre prédicateur du roi, engagé pour le panégyrique de saint Etienne de ce jour-ci, est arrivé à Meaux environ une heure après

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