‹ MassillonChapitre 122 sur 215 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

midi et seulement pour monter en chaire sans même dîner à Tévêché. 11 s'y est reposé dans une chambre ; il est monté en chaire à l'heure ordinaire et a fait un très-beau sermon sur le zèle pour la défense de la vérité, dont la troisième partie a été qu'il fallait défendre la vérité avec charité, et a fini par trois mots de compliments à Monsieur de Meaux, en lui faisant l'application de sa division. » L'abbé Ledieu est enchanté de cette troisième partie où il semble voir une leçon indirecte faite à Monseigneur de Bissy. Il est bien aise que Massillon ait été si sobre de compliments pour l'évêque de Meaux. Il fait remarquer que le prédicateur n'est arrivé que pour le sermon et qu'il n'a pas dîné à Tévéché. Les tendances jansénistes de l'abbé Ledieu se révèlent dans ces quelques lignes. Sans doute aucun évêque n'aurait pu diminuer les regrets que lui causait la mort de Bossuet. Mais ce dont il pouvait le moins se consoler, c'était de voir sur le siège de Meaux, un prélat aussi opposé aux doctrines jansénistes que le cardinal de Bissy. La nomination de ce prélat, transféié de l'évêché de Toul à celui de Meaux, un mois après la mort de Bossuet, avait mécontenté tout le parti, qui aurait voulu voir arriver sur ce siège un évêque moins romain. Il peut se faire queMassillon, qui n'était pas encore suffisamment édiûé sur les dangers auxquels le jansénisme exposait l'Eglise de France, ait partagé le mécontentement de ses amis. Toujours est-il que dans son complimenta l'évêque dont il avait refusé le dîner il n'a pas déployé l'abondance accoutumée de ses périphrases. Il termine ainsi son discours : « Telles sont les instructions que nous donne aujourd'hui le généreux martyr dont la solennité nous assemble en ce lieu saint : la vérité trouva en lui un défenseur éclairé, un défenseur intrépide , un défenseur tendre et charitable. Quelle consolation nour vous, mes

•242 MASSILLÛN

frères, de retrouver toutes ces qualités dans le pasteur fidèle que le Seigneur vous a suscité dans sa miséricorde; c'est-à-dire de retrouver un docteur éclairé, pour vous instruire, un ministre ferme pour vous corriger, et un père tendre pour vous secourir et vous consoler dans vos peines et vous faciliter à tous les voies de la vie éternelle.» Que l'on compare cette brève péroraison au chaleureux compliment qui termine la première partie du panégyrique de saint François-de-Paule, prêché devant le cardinal de Noailles,dont la faiblesse de caractère devait redoubler l'audace des jansénistes et leur prêter un appui. L'archevêque de Paris est appelé un nouvel Esdras qui va rétablir les mœurs d'Israël, a Seigneur ! que nous reste-t-il à vous demander pour votre Eglise, que des pontifes qui lui ressemblent » s'écrie Massillon, dont la bouche ici parle de l'abondance du cœur.

Aux détails déjà cités sur le panégyrique de saint Etienne, l'abbé Ledieu en ajoute d'autres qui nous donnent la date d'un des quatre sermons prêches par Massillon pour une profession religieuse. «Dès le samedi précédent (par conséquent le 31 juillet 1706), le père Massillon avait prêché au Pont la profession d'une fille de M. de La Barre, frère de Mme de Quincy, puis il était demeuré à Quincy avec M. et Mme d'Ormesson, et toute la compagnie , et le jour de saint Etienne venu à Meaux avec la même compagnie qui a ouï son sermon. » 11 serait intéressant de savoirpour quelles novices Massillon a prêché les quatre sermons de vêture qu'il nous a laissés. On reconnaîtrait par là même les nobles familles avec lesquelles l'éloquent Oratorien entretenait les relations les plus suivies. Mais nous ne pouvons citer que le nom de Mlle de la Barre, qui nous est révélé par le journal de l'abbé Ledieu. Le secrétaire de Bossuet ne

Page 1