CHAPITRE IX
donne aucun détail qui permette d'indiquer avec certitude quel est celui des quatre sermons de vêture qui a été prêché pour la profession de cette religieuse. Il est probable que ce fut celui que l'éditeur a placé le premier et qui est le plus remarquable de tous. Le second fut prêché dans un monastère de la Visitation nouvellement fondé à Ghaillot, à l'occasion de la première profession religieuse dont cette maison fut témoin. Les deux autres sont des discours moins travaillés, de pieuses exhortations dont le style facile et onctueux est en harmonie avec la simplicité du plan. Il est permis de croire que ces sermons moins solennels n'ont pas été prêches devant un auditoire aussi distingué que celui qui se trouvait réuni dans la chapelle des Visitandines de Ghaillot ou dans l'église du couvent du Pont.
Les sermons de vêture de Massillon ne sont pas uniquement des discours ascétiques. La morale chrétienne à l'usage du monde y occupe une large place. On venait en foule assister à la touchante cérémonie de la profession religieuse. Parmi les parents et les amis de la jeune novice, plusieurs déjà émus par son exemple étaient préparés à prêter une oreille attentive et un cœur attendri aux exhortations du prédicateur. Massillon ne pouvait négliger une occasion de faire entendre des conseils favorablement écoutés et de mettre à profit les bonnes dispositions de son auditoire. Sans perdre de vue qu'il devait surtout rappeler aux religieuses, dont la vie s'écoulait dans la solitude et le silence du cloître, la grandeur de leur sacrifice et l'étendue de leurs obligations , il s'adressait volontiers à cette foule vivement impressionnée, pour qui l'exemple d'une jeune fille renonçant à toutes les joies du monde était à la fois un spectacle et un enseignement. Il n'avait aucune peine à être éloquent lorsque il exposait le bonheur et la dignité de la
vocation religieuse. Il lui suffisait d'écouter son cœur. N'avait-il pas lui-même cherché de bonne heure loin du monde un asile hospitalier? Il connaissait par expérience les joies austères et la douce paix de la vie religieuse au sein d'une communauté. Il racontait ses consolations quand il montrait dans cette vocation privilégiée une triple grâce : une grâce d'élection, une grâce de préservation, une grâce de consécration. En félicitant celle qui va consommer son sacrifice, en la louant de se soustraire à tous les dangers qui l'auraient entourée dans le monde, il trace de ces dangers un tableau saisissant pour tous ceux de ses auditeurs qui demeurent dans le monde par goût plus encore que par devoir et se laissent attirer vers lui par tout ce qui devrait les en éloigner. « Dangers dans la naissance : elle est une espèce d'engagement à toutes les passions. Dangers dans l'élévation ; elle vous fait une loi de tout ce que l'Evangile condamne. Dangers dans les soins publics: il faut prendre sur soi les passions des grands et la misère des peuples ; allier les maximes de la religion avec celles de la prudence de la chair et opter entre sa conscience et sa fortune. Dangers dans l'usage des grands biens : vous avez sans cesse à vous défendre ou des profusions qu'inspire la vanité ou de la dureté que produit l'avarice. Dangers dans les exemples : le vice perd son horreur par l'autorité de ceux qui nous le montrent, et nous sommes rassurés en trouvant dans les faiblesses d'autrui une excuse à nos faiblesses propres. Dangers dans les entretiens : on veut plaire et on ne plaît que par les passions ou qu'on reçoit ou qu'on inspire. Dangers dans les amitiés : le venin s'insinue par la conformité des humeurs et par les douceurs de la société ; on ne peut se passer de délassements, et le monde n'en fournit que de funestes à l'innocence... Dangers dans le mariage : la durée du lien re-