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CHAPITRE IX

froidit presque toujours celle de la tendresse; il est rare que la conformité des humeurs ratifie un nœud que la conformité des intérêts forme presque toujours ; une société sainte devient une tentation domestique, et dès que le devoir devient un joug, le cœur s'est bientôt formé d'autres chaînes. Dangers dans l'état de liberté : les passions qui n'ont point de frein s'échappent malgré nous-mêmes, et l'éloignement d'un lien sacré n'est souvent que l'amour d'une servitude plus universelle. »

Mais le cloître pouvait aussi avoir ses dangers. On n'y entrait pas toujours avec une vocation sérieuse; on n*y conservait pas toujours le même degré de piété. La volonté des parents remplaçait quelquefois l'appel de Dieu. Une vive contrariété faisait prendre soudain le monde en dégoût ; mais on le regrettait après lui avoir dit adieu. Vu à distance, à travers la grille, le monde paraissait encore aimable. On oubliait ses défauts pour ne se souvenir que de ses attraits. Massillon ne pouvait pas garder sur les fausses vocations un silence absolu. Il plaint celle qu'une ferveur passagère a jeté dans le cloître et qui s'est liée par des vœux téméraires. Il plaint aussi celle qui, devenue infidèle à sa vocation, regrette le monde au fond de sa cellule et ne trouve plus dans la vie régulière qu'un fardeau qu'elle n'a pas la force de porter. Mais il plaint surtout celle que la cupidité d'une famille a obligée d'entrer dans le lieu saint, où ne l'appelait pas le choix du Seigneur. « Accablée sous le poids des chaînes qu'elle-même ne s'est point imposées ; changeant les secours de la piété dont elle est environnée en des attraits de vice ; nourrissant la corruption de son cœur de tout ce qui devait en soutenir la foi... elle se dit sans cesse à elle-même qu'une vertu moins nécessaire et moins contrainte ne lui eût pas paru si odieuse ; qu'il est terrible de porter un joug auquel on ne s'est pas soi-

même condamné, et que Dieu est trop juste pour exiger qu'on soit fidèle aux devoirs d'un état que des passions étrangères nous ont choisi. Et de là, ô mon Dieu! que de retours affreux sur soi-même 1 que de regards d'envie et de complaisance sur un monde auquel on n'a renoncé que malgré soi! quelle tristesse répandue sur toutes les pratiques saintes de son état ! quelles imprécations secrètes, peut-être, contre les auteurs de son infortune. » Dans les autres sermons de vêture, Massillon ne revient pas sur ces injustes calculs dont quelques familles ne se faisaient point scrupule, décidant arbitrairement, et pour des motifs d'intérêt ou de vanité, du genre de vie que devait embrasser chaque enfant. Il se contente de signaler une fois cet abus. C'est qu'en vérité les victimes du cloître étaient moins nombreuses qu'on a bien voulu le dire. L'histoire est loin de justifier sur ce point les exagérations des romanciers. Ni la tendresse maternelle n'était entièrement évanouie au xviiie siècle, ni la volonté des jeunes filles n'était incapable de résistance, ni les supérieures des couvents n'étaient bien aises de recevoir des postulantes malgré elles. Plus d'une fois, sans doute, le cloître servit de prison plus ou moins dure à une jeune fille sacrifiée par intérêt de famille; mais ces excès d'autorité domestique ne pouvaient pas être fréquents. Il y fallait le concours de plusieurs volontés également décidées à laisser commettre une injustice. Or, tout s'opposait à ce qu\in tel concours fût habituel. « Les vœux forcés sont singuhèrement exceptionnels : ils sont en contradiction avec les habitudes générales et la conscience des mœurs du xvin® siècle. Ne voyons-nous pas dans les Mémoires du temps des jeunes filles résister très-nettement à l'ordre formel de leurs jjarents qui veulent leur imposer le voile et triompher de leur volonté ?... Lorsqu'on écarte les déclamations

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