‹ MassillonChapitre 125 sur 215 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

philosophiques et les traditions romanesques, le couvent apparaît bien plutôt comme un asile'que comme une prison. Il est avant tout le refuge de toutes les existences brisées...- (1). »

Si les sermons de vêture étaient pour l'orateur sacré une occasion heureuse de rappeler à des auditeurs frivoles, épris par les dissipations dangereuses du monde, la nécessité de servir Dieu ; une oraison funèbre, prêchée devant un cercueil, pouvait contenir de plus austères enseignements, en rappelant aux plus oublieux la grande pensée de la mort. Dans le temple chrétien, cette pensée dominera toujours l'éloge du plus illustre héros. Elle tempère, dans la chaire de vérité, les louanges officielles, qu'elle oblige à se maintenir dans de justes bornes. Gomment louer à l'excès celui dont le tombeau vient de recevoir les dépouilles mortelles, et pour qui l'Eglise, inquiète sur le sort de son âme, adresse à Dieu de pressantes supplications ? C'est la pensée de la mort qui a permis à Massillon de faire un discours chrétien en prononçant l'oraison funèbre du prince de Conti. Le héros, assurément, était digne de l'orateur, mais son éloge, trèsfacile dans une Académie , eût été embarrassant dans une église, si sa mort singulièrement édifiante n'eût fait

(l) La femme au XVIIP siècle, par E. et J. de Goncourt, p. 12. A ce témoignage on peut ajouter celui de l'auteur des Souvenirs de la marquise de Créquy : «Je crois bien que dans une portion de ma famille et du vivant de mon frère on n'aurait pas mieux demandé que de me voir prendre le voile; mais on avait dans ma tante l'abbesse et mon oncle l'évêque affaire à deux personnages qui n'entendaient pas composition sur les obligations de conscience et sur le chapitre de la vocation religieuse. Mgr du Mans avait toujours un œil ouvert sur toutes les professions qui devaient survenir dans les couvents de son diocèse, afin d'en écarter les pauvres filles intimidées par leurs familles, ou circonvenues par la captation des béguines, et ma tante avait fait sortir de son cloître une jolie novice, qu'elle avait dotée, pour aller épouser un chevau-léger. » (T. 1er, pag. 30.)

pardonner tout ce que sa vie avait eu de trop mondain. François Louis de Bourbon, prince de Gonti, était né à Paris en ^ 664. Il montra de bonne heure les plus heureuses dispositions pour l'art militaire, ce qui le rendit cher à son oncle, le grand Gondé. Désireux de déployer sa valeur sur un théâtre digne d'elle, il alla guerroyer en Hongrie contre les Turcs, pendant que la France était en paix. Ni Louis XIV ni Louvois n'avaient approuvé cette résolution. Le ministre de la guerre fit intercepter les lettres que le prince écrivait des bords du Danube, et il put y lire, à l'adresse de son maître, des phrases semblables à celles-ci : « G'est un roi de théâtre quand il faut représenter, c'est un roi d'échecs quand il faut se battre. » C'était plus qu'il n'en fallait pour encourir la disgrâce de Louis XIV. Au retour de la campagne de Hongrie, le prince de Gonti fut exilé à Ghantilly. A son lit de mort, Gondé obtint du grand roi la grâce de son neveu. Le prince de Gonti servit sous le maréchal de Luxembourg. Il déploya tout son talent militaire et tout son courage à la bataille de Fleurus (1690), de Steinkerque (1692) et de Nerwinde (1693). La renommée raconta ses exploits. L'éclat de sa jeune gloire était rehaussé par l'amabilité de sa personne. Il fut élu roi de Pologne en 1697 ; mais transporté à Dantzig par Jean-Bart, il se vit disputer le sceptre par l'électeur de Saxe. Déjà les Polonais étaient divisés en plusieurs partis. Gelui qui soutenait les intrigues de l'électeur de Saxe triompha en cette occasion. Pour conquérir le trône de Pologne les armes à la main, le prince de Gonti aurait eu besoin d'une armée française. Louis XIV ne tenait pas à soutenir loin des frontières une guerre onéreuse. Le prince de Gonti, qui était arrivé en Pologne trois mois trop tard, regagna la France, où Louis XIV le tint éloigné des aîiaires aussi longtemps qu'il le put. Après les nom-

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