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CHAPITRE IX

Pour préparer l'oraison funèbre qu'il était chargé de prononcer, Massillon se servit d'un mémoire sur le prince de Gonti, rédigé par le marquis de Lassay, qui avait combattu à ses côtés en Hongrie (1). Il y puisa les renseignements dont il avait besoin pour raconter la vie militaire du prince. Sans avoir le ferme burin de Bossuet, Massillon a tracé un excellent tableau oratoire de la bataille de Nerwinde. Il a su faire entrer dans sa description le coup de sabre qui atteignit à la tête le prince de Gonti pendant ce rude combat. Mais ce qui me frappe le plus dans cette oraison funèbre, c'est la continuelle insistance que met Masillon à rappeler que s'il loue du haut de la chaire le prince de Gonti, s'il le représente tour à tour comme un héros, comme un sage, comme un esprit supérieur et universel, c'est à cause de sa foi, qu'il a conservée toujours intacte et ferme, et à cause de sa mort si véritablement chrétienne. S'ilrappelle comment le prince de Gondé mourut content en se voyant revivre dans son neveu, il s'écrie :|«Dieu préparait une gloire'plus durable au prince de Gonti ; il voulait le sanctifier par de longues infirmités. » Au milieu de son second point, après avoir montré sonhéros aussi aimé dans la vie civile qu'admiré dans les combats, il s'interrompt pour demander : « Que manquerait-il à son éloge, s'il eût été alors aussi agréable aux yeux de Dieu qu'il était [grand devant les hommes?»

Massillon loue justement le prince de Gonti de n'avoir par permis à l'incrédulité d'affaiblir sa foi, même durant les années où sa vie dissipée se partagait entre la gloire et le plaisir. « Dois-je le dire ici, Messieurs, dans un siècle où la religion est devenue le jouet ou de la débauche ou de la fausse science, dans un siècle où l'impiété est comme la première preuve du bel esprit ; dans un siècle où croire encore en Dieu est presque la honte ou de la rai-

(1) Sainte-Beuve : Causeries du Lundiy t. IX, p. 153.

son ou du courage ; dans un siècle où, pour n'être pas confondu avec le vulgaire, il faut se donner l'affreuse distinction de l'incrédulité ; dans un siècle, enfin, où tant d'hommes superficiels blasphèment ce qu'ils ignorent, se croient plus habiles à mesure qu'ils sont plus téméraires, apprennent à douter de la religion avant de la connaître, s'érigent en docteurs de Timpiété avant d'avoir été les disciples de la foi et s'élèvent contre la science de Dieu sans avoir même celle des hommes ; au milieu de ces abus, la foi du prince de Conti, si supérieure en lumières, en connaissances, honore la vérité de la religion. . . Sa curiosité ne va qu'à se convaincre que la raison nesaurait aller à tout ; que l'homme ne connaît des voies de Dieu que ce que Dieu en a voulu révéler à l'homme; que le point fixe de nos lumières c'est la foi; qu'on retrouve, en secouant le joug, les mêmes abîmes et les mêmes incertitudes que dans la soumission; que les dogmes de l'impiété n'ont rien de plus clair et de plus intelligible que les mystères de la religion ; et qu'en refusant de croire on perd la foi sans que la raison y gagne et s'éclaircisse.»

Ce fut surtout aux approches de la mort que le prince de Conti montra combien sa foi s'était conservée pure et inébranlable. Tous les témoignages s'accordent sur ce point. «Il conserva sa présence d'esprit, dit Saint-Simon, jusqu'au dernier moment, et en profita. Il mourut dans son fauteuil, dans les plus grands sentiments de piété, dont j'ai ouï raconter au P. Latour des choses admirables. » L'oeil fixé sur l'éternité, il souffrit sans se plaindre les douleurs les plus aiguës. L'ardeur de ses sentiments religieux édifiait tous ceux qui l'approchaient. Gomment citer sans émotion les dernières paroles qu'il adressa au prince son fils ? «Je voudrais vous avoir donné de meill eurs exemples et j'espère que si Dieu m'avait conservé la vie

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