CHAPITRE IX
je vous en aurais donné. Souvenez-vous toujours qu'il faut servir Dieu, lui être fidèle, et au roi; et vivre eu honnête homme et en bon chrétien, pour attirer les bénédictions du ciel.»
La mort chrétienne du prince de Gonti était un salutaire exemple qu'il fallait donner à méditer aux jeunes amis du duc d'Orléans, à tous ces grands seigneurs qui faisaient de l'impiété l'assaisonnement de leurs débauches. Massillon a longuement décrit cette mort, la regardant avec raison comme le plus beau trait de la vie de son héros. 11 rappporte les dernières paroles du prince de Gonti mourant : « Si l'on pouvait comprendre l'état où l'on se trouve dans ces derniers moments, on verrait bien qu'il n'y a de ressources pour l'homme que dans la religion. » Gette déclaration suprême d'un prince à qui rien n'avait manqué de tout ce qu'on peut envier ici-bas, et qui, à sa dernière heure, jugeait la vie des hauteurs de l'éternité, conhrmait éloquemment les exhortations de l'orateur sacré. Elles exprimaient la meilleure leçon qui devait ressortir de son oraison funèbre. Une faisait que les commenter, lorsqu'il s'écriait dans sa péroraison: «Ecoutez, grands, et instruisez-vous. Tout ce que le monde a le plus admiré, les victoires, les talents, le nom, la sagesse, les lumières, qu'on le trouve vain et frivole au lit de la mort I Que la vie la plus glorieuse devant les hommes, la plus remplie de grands événements, paraît alors vide sans Dieu, et digne d'un éternel oubli! Qu'on découvre de folie dans la sagesse qui ne nous a pas conduits au salut. »
Quoique le prince de Gonti n'eût été que montré à la Pologne, le choix de la majorité de la Diète électorale était trop honorable pour que Massillon pût le passer sous silence et ne pas montrer son héros conduit par la providence jusques sur les premières marches d'un trône.
En rappelant comment l'audace d'une minorité factieuse et les intrigues de l'électeur de Saxe empêchèrent le prince de Gonti de ceindre la couronne de Pologne, il se demande ce que serait devenu ce royaume s'il eût été gouverné par un prince français. Que de malheurs, que de guerres civiles, que d'invasions étrangères, que d'injustes partages auraient été évités. Que de flots de sang auraient été épargnés ! Le tableau des calamités qui ont désolé la Pologne depuis qu'elle a dû renoncer à l'espérance d'avoir pour roi le prince de Gonti n'a rien perdu de sa vérité. On dirait qu'il ne date que d'hier. Le moscovite, acharné sur sa proie, en dévure les débris avec la même fureur que le jour où il la déchirait pour la première fois .
«Un peuple qu'elle avait toujours regardé comme son esclave devient son tyran (Jérémie) . Ses autels sont renversés, ses prêtres arrachés du sanctuaire et menés en servitude, ses vierges déshonorées, ses campagnes inondées de sang refusent la nourriture à son peuple ; au dehors le glaive^ la mort au dedans. Le Seigneur qui les frappe ne se lasse point. Il répand d'une main une coupe de venin et de mortalité, et tient élevé de l'autre le glaive de la guerre et de la vengeance. Tous les fléaux de sa colère tombent à la fois sur cette terre infortunée ; toutes ses voies pleurent et ne sont plus qu'une triste solitude, et au milieu de tant de calamités la fureur de ses
citoyens n'est pas encore assouvie » Massillon ne
semble-t-il pas prophétiser l'avenir plutôt que raconter le passé? Hélas 1 quand finiront les malheurs de la Pologne? Quand refleuriront pour elle les beaux jours de sainte Hedwige et de saint Gasimir? Quand sera-t-elle arrachée aux serres sanglantes de ses persécuteurs ? Quand recouvrera-t-elle avec le bonheur de la paix Thonneur de la liberté ?