CHAPITRE PREMIER
bieuf, qui jouissaient d'une grande réputation de science. Jl eut avec eux de nombreuses conférences théologiques, qui le confirmèrent dans ses opinions sur la grâce, et lui firent prendre la double résolution d'exposer à sa manière la doctrine de saint Augustin et de s'opposer à l'influence des jésuites. Il y eut dès lors entente cordiale entre Jansénius et un certain nombre d'Oratoriens, qui plus tard unirent leurs efforts à ceux des défenseurs de VAugustinus. Ils semblaient avoir fait avec eux une sorte de traité d'alliance, et se diriger d'après les mêmes principes et les mêmes conseils (1) .
Les premiers supérieurs de l'Oratoire, le P. Bourgoing, entre autres, n'épargnèrent rien pour soustraire leur congrégation naissante à l'influence du jansénisme; mais leur autorité n'était pas assez puissante sur des membres qui n'étaient pas même engagés par des vœux simples, qui conservaient la liberté de sortir de l'Oratoire quand bon leur semblerait, qui formaient une association plutôt qu'un ordre religieux. Après les liaisons avec Jansénius vinrent les liaisons avec l'abbé de Saint- Cyran et ses disciples. Dès le 29 juin 1657, le P. Bourgoing avait écrit une lettre circulaire pour obliger tous les prêtres de sa congrégation à signer le formulaire et à souscrire à la bulle d'Alexandre VIL On ne pouvait s'y refuser, disait-il, sans déchoir de la qualité de chrétiens, de catholiques, de prêtres de l'Oratoire, d'enfants de l'Eglise. Cette lettre occasionna de fâcheuses divisions. Quelques pères sortirent de l'Oratoire, d'autres en furent exclus, plusieurs y restèrent sans abjurer les nouvelles doctrines. L'assemblée générale tenue à Paris en 1678 défendit à tous les sujets de la congrégation d'enseic-ner des opinions jansénistes. Ce statut fut sous-
(1) V. Leydecker, liv. 1er. Cet auteur est calviniste et confirme a vérité des renseignements puisés à une autre source.
crit par la plupart des Oratoriens, mais quelques-uns s'absentèrent pendant quelque temps, d'autres se retirèrent, plusieurs même quittèrent le royaume, entre autres le fameux P. Quesnel. Réfugié en Flandre, il communiqua son esprit d'opposition aux Oratoriens de Mons, qui refusèrent d'accepter le statut de l'assemblée générale. Le P. Thorentier, assistant de la congrégation, essaya de ramener ces esprits rebelles. « Quoi de plus afligeant, leur écrivit-il, que de vous voir déclamer contre un formulaire de doctrine approuvé de tant d'honnêtes gens et reçu de toute la congrégation dans plusieurs assemblées, si on en excepte deux ou trois personnes qui pour se faire un mérite auprès d'un misérable parti, ont abandonné la vocation de Dieu connue, et se sont arrachés du sein de leur mère, où ils doivent trouver leur salut. » Après avoir échangé plusieurs lettres, les Oratoriens de Mons finirent par céder. Ils signèrent le statut de l'Assemblée générale, mais en apportant à cette acceptation peu de sincérité et beaucoup de restrictions mentales. Le supérieur crut devoir s'excuser euprès d'Arnauld. « J'ai signé avec peine (1), lui écrivit-il, en la manière que je vous ai mandé, et croyant que ma signature ne disait pas grand chose. Je vous avoue que l'éclat que ferait mon refus, la joie que cela donnerait à nos ennemis, et la ruine de notre maison, n^ont pas peu contribué à m'aveugler et à m'affaiblir. J'ai du déplaisir de l'avoir fait, et suis tout disposé à révoquer ma signature, si vous croyez que Dieu en sera glorifié. » Telle était la situation de l'Oratoire lorsque Massillon y entra. La congrégation avait alors pour supérieur général le P. Abel de Sainte-Marthe, qui avait succédé au
(1) V. d'Avrigny. Mémoires chronologiques et dogmatiques. T. III. p. 32 et suiv.