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CHAPITRE X

A la tête de Tarmée du Rhin, en 1688, il prit Philisbourg, Heidelberg, Manheim, assisté de Vauban et du maréchal de Duras. Il commanda l'armée de Flandre en 1694 et sentit une fois de plus qu'il n'était heureux qu'à la tête de ses troupes ; Massillon ne pouvait manquer de rappeler la gloire militaire d'un prince qui n'en eut pas d'autre. Il a tracé, à cette occasion, un portrait du prince d'Orange qui rappelle, s'il ne l'égale pas, le portrait de Gromwell. a Du fond de la Hollande sort un nouveau vase de la colère du Seigneur, destiné de Dieu pour détrôner les plus saints rois et être l'instrument de ses vengeances sur les royaumes et sur les peuples; un prince profond dans ses vues, habile à former des ligues et à réunir les esprits, plus heureux à exciter les guerres qu'à combattre ; plus à craindre encore dans le secret des cabinets qu'à la tête des armées ; un ennemi que la haine du nom français avait rendu capable d'imaginer de grandes choses et de les exécuter, un de ces génies qui semblent être nés pour mouvoir à leur gré les peuples et les souverains ; un grand homme s'il n'avait jamais voulu être roi . »

En louant la bonté du Dauphin, Massillon fait allusion à un trait qu'il n'a pas osé raconter dans toute sa simplicité. Il a cru que la solennité de l'oraison funèbre lui faisait un devoir de recourir à des périphrases, dût-il être moins touchant. Après la première maladie du Dauphin, les halles de Paris députèrent six des principales harengères pour aller à Versailles le féliciter sur sa convalescence. Le fils de Louis XIV, moins esclave de l'étiquette que son père, voulut qu'on les fît approcher de son lit. Il était possible, ce semble, de rappeler ce fait et de nommer les halles sans que la dignité de la chaire en soutîrit. Massillon a dit en style oratoire : « L'amour ose tout. Le peuple, oui, le peuple le plus bas et le plus

obscur court aux pieds du trône, et les portes augustes de la gloire et de la majesté s'ouvrent à l'amour... Monseigneur se laisse voir; cette foule obscure s'approche du lit de sa douleur. » Félicitons cependant Massillon d'avoir cité textuellement les paroles que prononça le Dauphin peu de temps avant sa mort, lorsque craignant de communiquer à d'autres la maladie contagieuse qui le consumait, il pria le roi de ne pas s'exposer au danger en venant le visiter : « Hélas ! tout couvert de sa douleur et de sa plaie qui infecte tous ses membres, quelles sont ses craintes et ses inquiétudes? Il craint pour le Roi. Une vie si précieuse exposée devient la plus vive de ses peines : Je mourrais de douleur^ dit-il, si le roi au sortir dHci avait seulement mal à la tête. »

Il semble qu'après Toraison funèbre du Dauphin, Massillon aurait dû être nommé au premier évêché vacant, par Louis XIV reconnaissant. Il n'en fut rien. Ceux qui disposaient des bénéfices ecclésiastiques auraient bien voulu peut-être récompenser un orateur sacré que l'opinion publique mettait au-dessus de tous ses rivaux (1) ; mais ils craignaient d'élever sur un siège épiscopal unOratorien. Le jansénisme de l'Oratoire fit tort à Massillon. Si on l'avait mieux connu, on aurait compris qu'il avait un mérite trop réel pour être d'un autre parti que celui de la modération et de la vérité. Le régent devait lui donner quelques années plus tard ce

(1) Un jésuite, le P. de la Rue, pouvait seul être comparé à Massillon, qu'il était loin d'égaler. Dans l'épître dédicatoire des Mémoires de Grammont, dont la première édition a été publiée en 1713, Hamilton cite ces deux orateurs comme célèbres par leurs oraisons funèbres et il nomme Massillon le premier. « Tantôt nous voulions que, comme il n'y a pas d'apparence qu'il reste quelqu'un sur la terre, quand vous n'y serez plus, les révérends PP. Massillon ou de La Kue vous entreprissent j)ar avance. Mais nous jugeâmes qu'il était contre l'usage de vous envelopper tout vif dans les figures d'une oraiiion funèbre. >

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