‹ MassillonChapitre 135 sur 215 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

que lui refusait Louis XIV. En attendant qu'on lui rendît justice, on recourait à lui pour essayer d'apaiser les troubles religieux qui attristaient à cette époque l'Eglise de France. Avant de rappeler le rôle conciliateur dont Massillon voulut bien se charger un moment, il faut exposer brièvement la seconde phase de la grande querelle religieuse du dix-septième siècle.

La paix clémentine ne devait pas durer longtemps. Ce ne fut pas Jansénius qui occasionna une nouvelle prise d'armes, ce fut Quesnel. Les combats se livrèrent toujours autour d'un livre comme autour d'une forteresse vaillamment attaquée, opiniâtrement défendue : mais ce livre n'était plus VAugustinus, c'était les Réflexions morales. Quesnel avait publié, en 1671, un petit volume qui ne contenait que de courtes réflexions sur les quatre évangiles. Ce livre qui, sous une nouvelle forme, devait faire tant de bruit, passa d'abord inaperçu. Il parut d'abord avec l'approbation de plusieurs docteurs en théologie et un mandement de Mgr Vialard, évêque de Ghâlons, qui avait exigé et avait obtenu diverses corrections. L'auteur ne s'était pas encore fait connaître, et on ne soupçonnait pas qu'il renouvellerait un jour, dans une explication, en apparence inoffensive, du Nouveau Testament, les erreurs de Jansénius sur la liberté de l'homme. Il était encore prêtre de l'Oratoire, qu'il ne quitta qu'en 1684, lorsque l'assemblée générale imposa l'obligation de signer un formulaire de doctrine qui condamnait le fatalisme janséniste. Après avoir travaillé pendant plus de vingt ans au remaniement de son livre, Quesnel fit paraître en 1693 et 1694, sous leur forme définitive, quatre volumes de réflexions morales sur les quatre évangiles, sur les actes et les épîtres des apôtres. Quoique ce grand ouvrage fût loin d'être identique au petit volume soumis à l'examen de Mgr Vialard, Ques-

nel, et après lui ses amis, ne se firent aucun scrupule de mettre en tête de toutes les éditions des Réflexions morales l'approbation donnée par Tévêque de Ghâlons à l'édition de 1671.

Le cardinal de Noailles, qui a joué un si triste rôle dans les interminables querelles que fomentait l'esprit de parti, succéda à Mgr Vialard sur le siège de Ghâlons, en 1695. Entouré aussitôt par de chaleureux amis de Quesnel et trom^pé sans doute par l'approbation de son prédécesseur, publiée si déloyalement en tête des nouvelles éditions des Réflexions morales^ il recommanda la lecture de ce livre aux fidèles et au clergé de son diocè se par un mandement dont il eut bientôt à se repentir. « Ce livre, disait-il à ses curés, vous tiendra lieu d'une bibliothèque entière. » L'année suivante, Mgr de Noailles fut transféré à l'archevêché de Paris. Les amis de Quesnel s'empressèrent de lui demander une nouvelle approbation des Réflexions morales; mais il sentait que le siège qu'il occupait donnait à ses actes une gravité exceptionnelle. D'ailleurs, on lui avait reproché de plusieurs côtés d'avoir agi avec trop de précipitation en approuvant un ouvrage où s'étaient glissées subtilement de dangereuses erreurs (1).

(1) Le 23 avril 1696 Quesnel écrivit à Wilard, en un style familier à toute la secte : « Je laisse faire le bon abbé Dom Antoine de Saint- Bernard (le cardinal de Noailles), car comment faire pour l'empêcher? Je suis bien aise de n'être point consulté. Ce qui sera bien sera avoué : s'il y a quelque chose qu'on ne puisse approuver, on en sera quitte pour dire qu'on n'y a pas de part. Pourvu qu'on ne touche point aux endroits notés, tout ira bien ; mais je souhaite bien que cela se termine bientôt pour une bonne fois. Je sais qu'il avait dit à des gens qu'il avouerait sous le nom de sa nouvelle abbaye (l'archevêché de Paris) les quatre frères (les quatre volumes des réflexions morales); et il le devait faire pour repousser l'insolence des contredisants ; mais je vois bien qu'il saigne du nez. » Voilà sur quel ton les jansénistes parlaient entre eux du ho7i àbhé Dum Ajituine, dont ils surent capter Ja confiance et dominer le caractère irrésolu.

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