‹ MassillonChapitre 137 sur 215 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

et de La Rochelle publièrent une ordonnance longuement et mûrement rédigée. Elle était divisée en deux parties. La première prouvait que les cinq propositions se retrouvaient sous d'autres termes dans le livre de Quesnel; la seconde montrait que la doctrine. Janséniste était opposée à la doctrine de saint Augustin. Les partisans de Quesnel, prenant le cardinal de Noailles par son côté faible, lui persuadèrent que les évê ques de Luçon et de La Rochelle l'avaient gravement insulté, en portant des censures contre un livre honoré de son approbation. Il publia un mandement (28 avril 1711) où il s'éleva contre V instruction pastorale à.e^ évêques de Luçon et de La Rochelle, les accusa d'avoir favorisé l'impénitence des pécheurs d'habitude, d'avoir amoindri l'autorité de saint Augustin et même d'avoir renouvelé quelques erreurs de Jansénius. Ainsi fut donné à FEglise l'affligeant spectacle d'un archevêque s'arrogeant le pouvoir de censurer directement deux de ses confrères, et indirectement le Souverain Pontife. Louis XIV fut très-irrité de la conduite du cardinal de Noailles. M"^^ de Maintenon chargea l'évêque de Chartres et M. de la Ghétardie, curé de Saint-Sulpice, d'accommoder bette triste affaire. Ils pressèrent le cardinal d'abandonner le livre des Béflexions morales. Mais il lui en coûtait trop de reculer. 11 demanda du temps et ne fit rien. Le roi pria le Souverain Pontife de se prononcer, non plus seulement par un bref, mais par une bulle. Les jansénistes répandirent le bruit que le duc de Bourgogne, héritier de la couronne, depuis la mort récente de son père, se déclarait ouvertement pour le livre de Quesnel. Le duc de Bourgogne écrivit un mémoire qui fut un de ses derniers travaux et un témoignage de la sagacité avec laquelle il jugeait les querelles religieuses qui divisaient l'Eglise de France : « Soit que lesjansé-

nistes, disait-il, soiitienaent ouvertement la doctrine de Jansénius, soit qu'ils se retranchent sur le fait, soit qu'ils s'en tiennent au silence respectueux ou à un prétendu thomisme, c'est toujours une cabale très-unie et des plus dangereuses qu'il y ait jamais eu et qu'il y aura jamais. » Malgré les intrigues du parti, soit en France, soit à Rome, Clément XI publia, le 8 septembre 1713, la célèbre constitution qui commence par ces mots : Unigenitus Dei filius .

A un siècle et demi de distance il peut nous sembler qu'on aurait évité bien des disputes, poussées avec aigreur de part et d'autre, si on avait laissé le livre de Quesnel tomber de son propre poids dans l'oubli où il est enseveli depuis longtemps avec tant d'autres lourds volumes publiés par la secte qui a le plus fait gémir la presse. Mais des questions de principe étaient engagées. On ne pouvait laisser passer, sans la dénoncer comme une hérésie, la négation de la liberté humaine, même lorsqu'elle se cachait sous des commentaires de l'Evangile comme sous un manteau de piété. Au livre de Quesnel et à la conduite qu'on se décidait à tenir touchant sa condamnation, se rattachaient une grave question de dogme, une grave question de morale et une grave question de discipline. Pour s'en convaincre, il suffit de lire attentivement les cent une propositions condamnées, qui sont comme la monnaie des cinq propositions de Jansénius. Le fatalisme religieux y est enseigné sur un ton moins didactique, mais en français plus clair que le latin de VAugustinus,

Gomme l'évêque d'Ypres, Quesnel confond l'ordre de la nature et l'ordre de la grâce. « La grâce d'Adam, ditil, était une suite de la création et était due à la nature saine et entière (35^ prop). » Deux mots pouvaient résumer le jansénisme : avec la nature seule on ne peut

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