‹ MassillonChapitre 139 sur 215 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

premier jour l'hésitation. Ce ne fat qu'au bout de trois mois que la commission nommée par l'assemblée commença son rapport qui remplit six séances. Elle proposait de déclarer que l'assemblée du clergé de France reconnaissait avec joie la doctrine de l'Eglise dans la constitution, qu'elle l'acceptait avec autant de soumission que de respect, qu'elle condamnait le livre de Quesnel et les propositions censurées, de la même manière que le Pape. On recueillit les suffrages. Quarante évêques furent de l'avis de la commission. Le cardinal de Noailles et huit autres prélats dirent qu'avant de délibérer sur le fond il fallait rédiger l'instruction pastorale qui devait être publiée par l'assemblée avec la bulle. On rédigea l'instruction pastorale et on en donna lecture le 1" février 1714; quarante évêques l'approuvèrent. Le cardinal de Noailles et 1^ prélats qui le suivaient déclarèrent que les questions qui les divisaient ne roulaient point sur la foi et qu'ils prenaient le parti de demander des explications au Pape. Tous les efforts tentés pour les ramener à de meilleurs sentiments et prévenir le scandale d'une division manifeste de l'épiscopat français furent inutiles. Le 5 février, l'assemblée se sépara. Ses déclarations, son instruction pastorale furent envoyés avec la bulle à tous les évêques de France. Plus de 70, parmi ceux qui étaient restés dans leur diocèse, se joignirent aux membres de l'assemblée et publièrent la bulle. Quatorze évêques se montrèrent formellement opposés à la constitution. Quelques-uns, préférant une conduite indécise, évitèrent de se prononcer nettement. Le 14 février, le roi donna des lettres-patentes pour la publication de la bulle et la suppression du livre condamné. Le lendemain, Joly de Fleury, avocat général, porta ces lettres au Parlement et en requit l'enregistrement, qui fut adopté à la pluralité des voix. Quelques jours après, la

bulle fut acceptée par la Sorbonne, dont l'exemple fut imité par toutes les Facultés de théologie du royaume.

Pourtant le 28 janvier le cardinal de Noailles publia un mandement par lequel il défendait, sous peine de suspense, de rien statuer sur la bulle, indépendamment de son autorité. Ainsi un archevêque de Paris se permettait de suspendre dans son diocèse l'acceptation d'une bulle émanée du Souverain Pontife, approuvée par une assemblée d'évêques spécialement convoquée, publiée déjà dans la plupart des diocèses de France. Ce n'était plus du gallicanisme, c'était de l'entêtement, pour ne pas dire de la révolte; c'était donner un exemple qui n'aurait pu être imité sans introduire l'anarchie dans l'Eglise. Cette conduite, aussi téméraire qu'imprudente, blessa vivement Louis XIV qui aurait voulu ramener les opposants à l'unité. S'il la laissa impunie ce fut par égard pour M™^ de Maintenon. Le 24 mars le cardinal écrivit au roi pour demander un délai afin de travailler à une instruction pastorale qui sauvegarderait à la fois et ce qu'il devait à l'autorité du saint Siège et ce qu'il devait à sa dignité. On crut qu'il rentrerait enfin dans une voie meilleure. Alors commencèrent d'interminables négociations qui n'aboutirent à rien. Le cardinal ne demandait qu'à gagner du temps, « persuadé, dit Dorsanne, qu'il n'avait rien de mieux à faire que d'amuser les négociateurs et que cette affaire n'était pas dénature àsegâlerense prolongeant (1).» Massillon fut du nombre de ces négociateurs qui proposèrent naïvement des moyens de sortir d'une fausse position à un homme qui ne demandait qu'à y rester.

Le cardinal de Rohan, qui depuis longtemps hono-

(1) V. au mois de décembre 1714 le journal de l'abbé Dorsanne, grand-vicaire du cardinal de Noailles et janséniste obstiné comme la plupart des habitués de l'archevêché.

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