CHAPITRE X
rait Massilloii de sa confiance et de son amitié, le chargea de demander à l'archevêque de Paris s'il s'accommoderait d'un bref dans lequel le Pape déclarerait que par la constitution unigenitus^ il n'a pas prétendu donner atteinte à la grâce efficace. Le cardinal répondit qu'il avait demandé au Pape des explications, que si le Saint- Père les donnait bonnes, il était tout disposé à les accepter, ainsi que tout se réduirait à savoir de quelle manière serait conçu le bref dont on lui parlait. Massillon transmit cette réponse à l'hôtel de Soubise. Le cardinal de Rohan jugea que l'archevêque de Paris devrait faire un mandement conforme au bref que l'on obtiendrait de Rome. Il chargea Massillon de rédiger un projet de mandement et de le soumettre au cardinal de Noailles. Une oraison funèbre aurait moins coûté à Massillon, mais pour le bien de la paix il ne recula pas devant cette besogne ingrate. Le 20 décembre il présenta son travail au cardinal. Les jansénistes de l'archevêché n'en furent pas satisfaits. Pour les contenter il aurait fallu tenir leur langage. Massillon et ceux dont il était l'interprète, « voulaient que le cardinal de Noailles convînt qu'il avait approuvé comme bon un livre qui était mauvais et rejeté comme mauvaise une constitution qui était bonne. On exigeait qu'il révoquât sa lettre pastorale du 28 février, qu'il adhérât à l'assemblée, et qu'il qualifiât le livre de Quesnel comme renouvelant les erreurs de Jansénius et en contenant plusieurs autres (1). » Lorsque Massillon alla demander ce qu'on pensait de son projet, le cardinal de Noailles lui fit des reproches de s'être chargé de pareilles pièces et il lui témoigna qu'il l'avait cru plus
(1) V. Anecdotes ou mémoires secrets sur la constitution Unigenitus. Utrecht, 1732, t. I., p. 242 et suiv. En citant ce livre nous citons l'histoire du jansénisme racontée par lui-même. Le journal de Dorsanne contient un récit plus minutieux encore de l'infructueuse négociation de Massillon.
attentif à ses intérêts. « Massillon lui répondit qu'il avait fait de son mieux pour arriver à une conclusion favorable et il le pria de dresser lui-même un projet d'explication. » Le cardinal qui ne voulait ni accepter une rédaction, nirédiger lui-même, a dit : « Qu'un tel projet n'était pas aisé à faire, que d'ailleurs tout ce qui devait y entrer était renfermé dans son instruction pastorale, trop étendue pour la lui faire voir et qu'il lui en donnerait seulement un précis que le cardinal de Rohan et l'évêque de Meaux avaient fort approuvé; que plus il lirait ce précis plus il remarquerait qu'il remplit tous les vides de la constitution. »
Six jours après, Massillon vint apporter au cardinal de Noailles un projet d'explication où il avait autant que possible reproduit les textes mêmes du précis qui lui avait été donné à lire et à méditer. Croyant de bonne foi que l'archevêque de Paris ne demandait qu'à sortir honorablement de l'impasse où il s'était jeté, il avait envoyé plein de joie au cardinal de Rohan ce même projet d'explication, en lui disant que le cardinal de Noailles l'acceptait et qu'il l'avait pour ainsi dire dicté. « Il y a lieu de croire que cet extrait du précis avait été dressé le 6 janvier (1715), jour des rois, à l'hôtel de Soubise, où le P. Massillon passa l'après-dinée avec le P. Daniel. Du moins il est certain que ce jour-là ils furent longtemps enfermés tous deux avec le cardinal de Rohan sans qu'il fût permis à personne d'entrer. »
Ainsi un jésuite et un oratorien travaillaient de concert au grand œuvre de la conciliation ; mais que pouvaient-ils contre la force d'inertie du cardinal de Noailles ? « La négociation du P . Massillon était répandue dans tout Paris. Il lui était même échappé plusieurs choses qui n'étaient pas d'un habile négociateur. Il avait fait voir à quelques gens son extrait de précis comme étant