‹ MassillonChapitre 148 sur 215 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le luxe toujours plus excessif do la cour et des grands seigneurs faisait un étrange contraste avec la misère du peuple. Le besoin de la richesse grandissait au moment où diminuaient les moyens de la conserver et de l'accroître. La petite noblesse se ruinait. La bourgeoisie aspirait à devenir magnifique et semblait fatiguée de faire des économies* Si du temps de La Fontaine a tout marquis voulait avoir des pages », l'esprit d'imitation avait augmenté le nombre de ces victimes du luxe dont le fabuliste avait peint en quelques vers les ambitions et les mésaventures. Que de grenouilles s'enflaient si bien qu'elles crevaient! Pendant que les poètes et les moralistes s'indignaient des exagérations d'un luxe qui n'avait d'autre principe que la vanité et d'autres résultats que la disproportion entre les dépenses et les revenus, l'accroissement des besoins, l'impossibilité de l'épargne, les orateurs chrétiens ne pouvaient pas être moins sévères et oublier que l'Évangile enseigne à chercher les parures de l'âme et non les parures du corps. Massiilon n'est pas éloigné de condamner le luxe comme un fléau presque aussi redoutable que la guerre. Les embellissements de Pans, qui devaient prendre, depuis, de si vastes proportions, auraient trouvé grâce plus facilement à ses yeux, s'ils n'avaient pas été le signal d'une profusion universelle, et de l'empire tyrannique de la mode et de ses caprices toujours plus coûteux. « Paris, comme Rome triomphante, s'embellissait des dépouilles des nations. La cour, â l'exemple du Souverain, plus brillante et plus magnifique que

principalement dans le Charolois et l'Autumnois, où il 7 a deux mois qu'ils ne vivent pour la plupart que de la seule racine de fougère. Il sont attroupés dans les bois, d'où ils volent tout ce qu'ils peuvent attraper. Ils mettent le feu la nuit dans les métairies, afin que le bétail se trouvant accablé dans les incendies ils puissent en dévorer les restes. » — Des libertés de la Bourgogne, par M, Rossignol, p. 193.

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jamais, se piqua d'effacer l'éclat des cours étrangères. La ville, l'imitatrice éternelle de la cour, en copia le faste. Les provinces, à l'envi, marchèrent de loin sur les traces de la ville. La simplicité des anciennes mœurs changea ; il ne resta plus de vestiges de la modestie de nos pères que dans leurs vieux et respectables portraits, qui, en ornant les murs de nos palais, nous en reprochaient tout bas la magnificence. Le luxe, toujours le précurseur de l'indigence, en corrompant les mœurs , tarit la source de nos biens ; la misère même, qu'il avait enfantée, ne put le modérer, la perpétuelle inconstance des ornements fut un des attributs de la nation ; la bizarrerie devint un goût ; nos voisins mêmes, à qui notre faste nous rendait si odieux, ne laissèrent pas d'en venir chercher chez nous le modèle, et après les avoir épuisés par nos victoires, nous sûmes encordé les corrompre par nos exemples. »

M. Sainte-Beuve, tout en se plaignant de trouver dans Foraison funèbre de Louis XIV « des vérités et des restrictions, » regrette d'y rencontrer l'éloge de la révocation de l'édit de Nantes, et il prétend que cet éloge se concilie difficilement avec la réprobation de la Saint-Barthélémy. Cependant si injuste que puisse être la révocation d'un édit de tolérance, on ne peut la comparer à un épouvantable assassinat. Pas un de ceux qui ont approuvé le zèle imprudent de Louis XIV pour l'unité religieuse n'ont loué Charles IX déjouant une odieuse conspiration par un massacre plus odieux encore. Ne jugeons pas un orateur du xvn^ siècle d'après nos idées modernes. Massillon, exprimait des idées que la France entière partageait lorsqu'il disait : « L'hérésie, depuis si longtemps redoutable au trône par la force de ses places, par la faiblesse des règnes précédents forcés à la tolérance, par un déluge de sang français qu'elle

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