‹ MassillonChapitre 150 sur 215 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

clésiastiques que de moins dignes que lui n'avaient pas attendues si longtemps. Sous le dernier règne on pouvait ne pas s'étonner qu'il ne fût pas élevé à l'épiscopat; un seul mot expliquait tout : il était en disgrâce. Lorsque la dispensation des charges et des dignités dépend uniquement des préférences des souverains, le mérite seul ne suffit pas pour les obtenir, il faut avant tout être en faveur. Le régent était comme obligé de réparer le long oubli du règne précédent; Massillon pourtant ne fut IDas compris dans les premiers choix. Le cardinal de Noailles, président du conseil de conscience et distributeur des bénéfices, pourvut d'abord ses amis. Ceux qui l'avaient servi étaient pressés; ceux qui avaient servi l'Eglise durent attendre. Il fit nommer aux premiers sièges vacants les abbés de Gastries, de Tourrouvre, d'Entraigues, de Lorraine, et enfin le très-petit neveu d'un grand homme, le triste abbé Bossuet. Le 6 novembre 1717, Massillon fut nommé à l'évêché de Glermont, sur le refus de Tabbé Letellier, qui ne crut pas pouvoir accepter des fonctions que sa santé chancelante ne lui permettrait pas de remplir convenablement. Ses nombreux amis se réjouirent en apprenant sa nomination. Le P. Gauthier, supérieur de l'Oratoire de Marseille, ne pouvait oublier que Massillon avait fait ses études au collège de cette ville. Il s'empressa de lui écrire une lettre de félicitation. Il en reçut la réponse suivante qui, dans sa brièveté, nous révèle la piété vraiment épiscopale qui animait le brillant auteur du Petit-Carême.

(c Un homme de Dieu comme vous, mon Révérend Père, doit me plaindre beaucoup et prier pour moi. C'est l'office le plus essentiel que je puisse attendre de l'amitié dont vous m'honorez. C'est tout ce que je puis vous dire dans l'accablement de lettres et d'aûaires où je me trouve dans ces commencements. Je n'aurais rien

à souhaiter si le diocèse de Clermont devenait un jour digne de votre zèle. Avec un ouvrier comme vous je me croirais bien fort, et je pense que je vous représenterai un jour si vivement les besoins de cette grande Église, que votre piété ne vous permettra pas de vous y refuser. Souffrez que je remercie ici tous nos Pères de l'honneur de leur souvenir, que je me recommande à leurs prières, et que je vous proteste de tous les sentiments d'estime et de respect avec lesquels je suis, mon Bévérend Père, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

« Massillon, Père de l'Oratoire.

(( A Paris, ce 2 décembre (1). »

Les troubles qui agitaient l'Église de France retardèrent l'expédition des bulles de Massillon. Le diocèse de Clermont attendait son nouveau pasteur avec une légitime impatience. Deux partis le divisaient : celui des Jésuites et celui des Oratoriens. Plusieurs petites intrigues dévotes s'agitaient en divers sens. Chaque parti espérait que l'évêque nommé épouserait ses querelles et servirait ses pieuses passions. Mais ces agitations locales ne pouvaient pas émouvoir Massillon, trop préoccupé de la situation malheureuse où se trouvait l'Église de France. Les discussions religieuses prenaient une tournure qui inquiétait vivement la cour de Rome et l'obligeait à laisser sans pasteurs les sièges vacants.

Les Jansénistes agissaient avec une audace qu'ils n'auraient pas osé déployer sous Louis XIV. Le 5 mars 1717, la Sorbonne, qui avait accepté trois ans auparavant la bulle Unigenitus, vit quatre évêques munis d'un notaire, entrer dans la salle où les docteurs étaient assemblés,

(1) Cette lettre fait partie de la riche collection d'autographes de M. le comte de Clapiers, qui a bien voulu nous permettre de la publier.

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