‹ MassillonChapitre 151 sur 215 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

pour y déposer leur appel au futur concile général (1). Le régent, irrité d'un acte qui envenimait les querelles au moment où il s'efforçait de les apaiser, fit expédier aussitôt des lettres de cachet qui obligèrent les quatre évêques de se retirer dans leurs diocèses. Le notaire qui avait passé l'acte d'appel fut conduit à la Bastille. Le syndic de la Faculté de théologie dut aller mourir en exil. Soutenus par le hardi coup d'éclat des quatre évêques, les Jansénistes firent signer de tous côtés des lettres d'appel, offrant de l'argent à tous ceux que cet argument palpable pouvait déterminer à donner leurs signatures. Pour se procurer de l'argent et obtenir un plus grand nombre d'adhésions, on fit des emprunts , en employant des manœuvres déloyales qui trompèrent les crédules prêteurs et les ruinèrent. Les deux principaux emprunteurs furent arrêtés. L'un d'eux, Servien, secrétaire de l'évêque de Chalons, fut condamné aux galères. On écrivit en sa faveur à l'évêque de Marseille. Belsunce, devant qui Servien s'humilia , déplorant sa conduite passée, crut à la sincérité de son repentir. Il fit diminuer sa peine, puis obtint sa liberté. Dès qu'il ffut libre ce malheureux servit le parti avec plus de fanatisme que jamais.

Les Jansénistes voulaient surtout déterminer le cardinal de Noailles à se joindre aux appelants. On vit un jour près de deux cents partisans de Quesnel traverser Paris en soutane et en long manteau et venir rassurer dans son palais l'archevêque incertain, en étalant sous ses yeux les forces du parti. Le cardinal, encouragé, rédigea son acte d'appel et le signa le 3 avril, mais il le tint secret, attendant une occasion favorable pour le faire

(1) C'étaient MM. de la Broue, évêque de Mircpoix, Colbert de Croissit, évêque de Montpellier, de Langle, évêque de Boulogne, et Soanen, évêque de Sénés, dont nous raconterons les rapports avec Massillon.

connaître. Cette indécision ne contentait pas les principaux meneurs de la secte. Sans consulter le cardinal, ils publièrent son acte d'appel, qui fut inséré dans les registres de l'Université de Paris. Le chapitre de l'église métropolitaine y adhéra le 23 septembre (1). Le pape ne pouvait pas laisser se déployer impunément une audace qui ne reculait pas devant le schisme. Le 8 février 1718, il promulgua un décret condamnant l'appel des quatre évêqucs comme schismatique et contenant des propositions hérétiques. L'appel qui avait paru sous le nom du cardinal de Noailles était aussi censuré comme schismatique et approchant de l'hérésie. De plus, le Souverain Pontife persista dans son refus d'accorder des bulles aux sujets nommés pour les évêchés vacants. « Ils me sont suspects dans la doctrine, disait-il, je ne puis leur confier les églises pour lesquelles le roi me les a proposés, que lorsqu'ils auront promis d'accepter la bulle

(1) On a dit qu'en France tout finit par des chansons. Le jansénisme faisait trop parler de lui pour ne pas inspirer des couplets sans nombre. On publia, en 1724, deux volumes de chansons et de poésies sur la constitution Unigenitus. Nous n'emprunterons à ce recueil que les premiers vers d'une parodie de la fameuse scène du Cid. Le cardinal de Noailles interpelle Clément XL

A moi, Clément, deux mots :

— Parle.

— Ote-moi d'un doute.

Connais-tu bien Quesnel?

— Oui : — Parlons bas, écoute !

Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu, La sagesse et l'honneur de son temps ? le sais-tu ?

— Peut-être.

— Cet esprit qu'en mes écrits je porte, Sais-tu que c'est le sien, le crois-tu ?

— Que m'importe.

— En quatre mots d'appel je le fais savoir,

— Prélat audacieux !

— Parle sans t'émouvoir.

C'est une fermeté que toute âme bien née Eût voulu voir en moi dès la première année.

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