‹ MassillonChapitre 152 sur 215 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Unigenitus. » Massillon était du nombre des évêques nommés que l'état de l'Église de France empêchait de recevoir leurs bulles. Le pape aurait consenti à faire une exception en sa faveur, mais le régent voulait recevoir toutes les bulles en même temps. Cette affaire commençait à s'aigrir. Le cardinal delà Trémouille, chargé des affaires du roi auprès du saint Siège, en appréhendait les suites. Il crut pouvoir, pour le bien de la paix, prendre sur lui de déclarer au pape que tous les sujets nommés depuis peu et à nommer dans la suite, observeraient la constitution Unigenitus et la feraient observer dans leurs diocèses. Il donna cette assurance par un billet écrit de sa main, ce dont la cour de France le blâma tandis que la cour de Rome voulut bien s'en contenter. Pendant que le pape faisait expédier les bulles, on tenait à Paris des conseils de régence très-orageux. Le 15 mai, l'irascible duc de Saint-Simon ne proposa rien moins qu'une rupture éclatante avec Rome et un appel général au futur concile. Le régent, que ses vices n'empêchaient pas d'avoir du bon sens, résista à toutes les sollicitations du parti. Le même jour il apprit que le pape avait préconisé tous les évêques nommés aux sièges vacants.

Massillon n'était pas assez riche pour payer ses bulles. Un des plus célèbres financiers des dernières années du règne de Louis XIV, Antoine Grozat, marquis du Ghatel, retiré des affaires, pourvut généreusement à tous les frais. Grozat était du petit nombre des parvenus que l'éclat de l'or n'avait pas éblouis. Son patriotisme croissait avec sa fortune. Dans un moment de pénurie du trésor, recevant de l'Inde quelques retours heureux, il prêta deux millions au régent et prévint ainsi une crise qui semblait inévitable. Il avait obtenu en 1712 le privilège exclusif du commerce avec la Louisiane, pendant quinze ans. Cette colonie, {[in devait nous échapper comme

tant d'autres, ne lai rapporta pas tous les bénéfices qu'il attendait. Il remit ses lettres patentes en 1717. L'on fondait alors la fameuse compagnie des Indes qui fit naître tant d'espérances suivies de tant de déceptions. Il semblait que Tor fabuleux du Pactole allait être roulé par les flots du Mississipi.

Le retard des bulles, qui ne furent accordées à Massillon que six mois après sa nomination, permit à l'orateur sacré, obligé par sa nouvelle dignité à s'éloigner de Paris, de se faire encore entendre une fois à la cour, avant d'aller cacher sa gloire et sa vie en Auvergne . Le régent le pria de prêcher un carême devant Louis XV, alors âgé de huit ans. Pour que l'attention du jeune roi ne fut point fatiguée par de trop nombreux sermons, Massillon ne prêcha que les dimanches, le vendredi saint, le 25 mars, fête de l'Annonciation, et le jour de la fête de la Purification, parce que c'était l'habitude à la cour de commencer ce jour-là la station quadragésimale. Dix sermons composent donc le Petit-Carême. Massillon nous invite lui-même à leur donner un nom moins solennel. « Ces sermons, dit-il modestement, ne sont que des entretiens particuliers faits pour l'instruction du roi Louis XV avant sa majorité, et pour les personnes de la cour qui composaient seules l'auditoire de la chapelle du château des Tuileries, quand ces discours y furent prononcés. »

Ce fut probablement en lui annonçant sa nomination à l'évêché de Clermont que le régent pria Massillon de prêcher le Petit-Carême. Il se retira aussitôt dans la maison de campagne de l'Oratoire pour y composer dix sermons nouveaux, en rapport avec l'auditoire spécial qu'il allait avoir. Six semaines lui suffirent pour choisir ses sujets d'instruction, pour en esquisser les plans, pour donner à ses sermons une forme presque définitive,

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