‹ MassillonChapitre 161 sur 215 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Massillon est sacré dans la chapelle du Roi. — Il est reçu à l'Académie française. — Il travaille à l'accommodement. — Il assiste au sacre de Dubois. — Il prononce Toraison fu nébre de la princesse palatine.

Lorsqu'il entendait les sermons que Massillon s'était efforcé de mettre à la portée de son âge, Louis XV permettait à l'orateur sacré de concevoir les plus belles espérances, et de croire à la grandeur de son règne. Son âme s'ouvrait à tous les bons sentiments. Il donna une preuve de sa reconnaissance, en voulant assister au sacre de Massillon. Il y avait dans ce désir plus qu'une simple curiosité . L'occasion de voir de près les imposantes cérémonies d'un sacre ne manquait pas au jeune roi, mais il voulait donner un témoignage public de satisfaction au prédicateur qui ne s'était fait entendre une dernière fois à la cour qu'en se soumettant à des conditions exceptionnelles. Massillon fut sacré le 21 décembre 1718 dans la chapelle des Tuileries, par Mg'' de Fleary, ancien évêque de Fréjus et précepteur du jeune roi, par Msr de Tressan, évêque de Nantes, et M^"" de Gaumartin, évêque de Vannes. Une quinzaine d'évêques assistèrent à cette cérémonie. Le roi .était dans sa tribune, accompagné de sa suite, parmi laquelle était le cardinal de Rohan. Le nouvel évêque, dit Saint-Simon, eut dix mille écus de gratification en attendant une abbaye. L'attente ne fut pas

longue. Massillon fut pourvu de Tabbaye de Savigny peu de temps après son élévation à l'épiscopat [1).

En refusant l'évêché de Glermont, l'abbé de Louvois avait permis de nommer à ce siège Massillon. Il s'était réjoui d'avoir hâté pour son ami le jour d'une récompense méritée, mais il n'eut pas la consolation d'assister à son sacre. Il mourut le 5 novembre 1718. Sa mort laissait une place vacante à l'Académie. Personne alors n'était plus digne de lui succéder que l'orateur sacré, dont les dernières prédications avaient charmé la cour . Massillon fut reçu à l'Académie française deux mois après son sacre, le 23 février 1719. Tous les honneurs arrivaient à la fois à celui qui était resté si longtemps dans la simplicité de la vie religieuse à l'Oratoire. Massillon allait bientôt quitter Paris pour n'y plus revenir, désireux de se consacrer entièrement au diocèse qui venait de lui être confié. L'Académie ne voulut pas le laisser partir sans avoir l'honneur de le compter au nombre de ses membres. Dans son discours de réception, ou plutôt son Bemercîmenf , il laissa d'abord parler son atfection et s'émut au souvenir du bon et fidèle ami dont il allait occuper la place. « Il faut que l'amitié ait sur les cœurs des droits plus vifs et plus intéressants que la gloire même, puisque l'honneur que vous me faites aujourd'hui me laisse encore sensible au chagrin de ne le devoir qu'à la perte d'un ami et d'un de vos plus illustres confrères... Au sortir presque de l'enfance et dès que M. l'abbé de Louvois fut en état de se choisir des amis, il me fit l'hon-

(1) M. Sainte-Beuve, ordinairement si exact, se trompe quand il dit que le sacre de Massillon eut lieu le 16 décembre 1718. Il aura été induit en erreur par les premières lignes du chapitre où St-Simon raconte ce fait. Le 16 décembre « le roi eut curiosité de voir son sacre. Il fut dit que pour sa commodité il se ferait dans sa chapelle. » Plus bas, Saint-Simon dit que « la cérémonie s'en fit le 21 déce:a}f3. '>

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