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CHAPITRE Xll

Mo' de FréjLis, précepteur du jeune roi, le plus illustre des académiciens. Il fait famer enfin son encens le plus exquis aux pieds du duc d'Orléans. Le régent n'était peut-être pas connu par ses contemporains comme il l'a été par la postérité. Massillon pouvait ignorer ce que les mémoires du temps nous ont appris. Les habitudes académiques lui faisaient un devoir de louer le « glorieux dépositaire de l'autorité royale. » Ne devait-il pas d'ailleurs se montrer reconnaissant envers un prince qui avait réparé l'injustice du règne précédent et l'avait promu à l'épiscopat? malgré ces bonnes raisons qui justifient tant d'éloges, il semble que l'éloquent récipiendaire aurait pu s'étendre moins longuement sur les bonnes qualités du duc d'Orléans, qui avait, aux yeux d'un évêque, de si graves défauts. Les auditeurs de Massillon ne furent pas surpris de ces éloges ; ils s'y attendaient. Ils admirèrent la souplesse de son talent qui passait si aisément du style de la chaire au style académique le plus élégant etle plus délicat. Les hommes de lettres furent étonnés, s*il faut en croire madame de Tencin, de trouver « dans un homme de communauté un bon goût, un bon ton et une bonne grâce dont n'approche point le style des grands seigneurs les plus distingués par leur esprit dans les sociétés de la cour. »

L'évêque de Fréjus, qui avait sacré Massillon deux mois auparavant, fut chargé de répondre à son discours de réception à l'Académie. Il fit naturellement l'éloge du récipiendaire, mais sans se préoccuper de la finesse des pensées et de la grâce des expressions. « Le grand prince qui nous gouverne avec tant de sagesse, dit-il, a fait voir, en vous plaçant sur le chandelier, son discernement pour choisir les plus dignes sujets et son amour pour l'Église. Vous avez montré que vous connaissez toutes les parties de l'orateur chrétien, la pureté de la doctrine,

la solidité des pensées, la force et la noblesse des expressions et les grâces extérieures. » Rappelant le succès du Petit-Carême f qui passait alors pour le principal titre de gloire de Massillon, le précepteur du jeune monarque remercia le prédicateur du soin qu'il avait pris pour se mettre à la portée de son royal élève : « Il semble que vous ayez voulu imiter le prophète qui, pour ressusciter le fils de la Sunamite, se rappetissa pour ainsi dire... et qui, après avoir ainsi réchauffé l'enfant, le rendit à sa mère plein de vie. » En terminant son discours de réception Massillon avait exprimé ses regrets de ne pouvoir assister aux réunions des membres de l'Académie, « Heureux si, ne me sentant pas capable de partager avec vous la gloire de vos travaux, je pouvais du moins en être ici le témoin et l'admirateur, et si, appelé ailleurs par les devoirs de Tépiscopat, le regret de ne pouvoir jouir longtemps de l'honneur que vous me faites n'égalait le plaisir queje sens de l'avoir reçu. » Le directeur devait répondre que les regrets de l'Académie égalaient ceux du récipiendaire. L'abbé Fleury n'y manqna pas, mais en faisant cet échange de courtoisie il rappela avec une singulière énergie que les évêques devaient résider dans leurs diocèses et se tenir éloignés de Paris* Il semble conseiller à Massillon d'oublier qu'il était académicien pour se souvenir uniquement qu'il était évêque. « Nous voyons hélas I que nous allons vous perdre , et que le devoir indispensable de la résidence va vous attacher pour toujours à cette chère Épouse, à laquelle vous venez d'être uni par de si sacrés liens ; en sorte que nous ne pouvons plus espérer de voir nos assemblées honorées de votre présence que quand quelque affaire fâcheuse vous arrachera malgré vous à votre Eglise. » L'abbé Fleury s'exprima-t-il ainsi parce qu'il connaissait la ferme résolution de Massillon de se retirer au

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