‹ MassillonChapitre 164 sur 215 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

plus tôt dans son diocèse pour n'en plus sortir 2 Observateur inexorable des canons, crut-il devoir rappeler à son nouveau confrère que l'épiscopat lui imposait le devoir de la résidence? Était-il bien aise, lui qui allait devenir cardinal et ministre d'Etat, de tenir éloigné de Paris, un homme aussi estimé que Massillon, vers qui , maintenant , se tournaient tous les regards , un ami du duc d'Orléans et de sa mère, la princesse Palatine (1) ? Quoi qu'il en soit Massillon put assister plus longtemps qu'il ne l'aurait voulu aux séances de l'Académie française. Le régent et l'abbé Dubois le prièrent de travailler à la pacitication des querelles religieuses, à ce qu'on nommait alors V accommodement.

Le Souverain Pontife, attristé par l'audace des appelants, avait publié le 8 septembre 1718 des lettres apostoliques adressées à tous les fidèles et commençant par ces mots : Pastoralis Officii. Il ne pouvait laisser plus longtemps impunis les outrages que des esprits révoltés contre l'autorité légitime avaient prodigués à la bulle Unigenitus, publiée cinq ans auparavant. Clément XI avertissait les fidèles de n'avoir plus aucun rapport spirituel avec les opposants qui cessaient d'être en communion avec lui et avec TEglise de Rome. Il déclarait que leur soumission pourrait seule les rétablir dans l'unité et la charité du siège apostolique. Quinze jours après le cardinal de Noailles protesta contre la hnWe pastoralis officii et en appela non plus au pape mieux informé mais simplement aa futur concile général. Il prétendait que depuis le moment où il avait appelé de la bulle Urugenitùs le pape avaio cessé d'être compétent sur tout ce

(1) Une anecdote rapporte que Massillon disait quelques années plus tard en parlant du cardinal Fleury : « M. le cardinal et moi nous nous craignons mutuellement et nous sommes ravis tous deux d'avoir trouvé un poltron. »

qui était l'objet de l'appel, et qu'il ne pouvait prononcer ni peines ni censures contre les appelants. Trompé par ses conseillers, qui ne demandaient qu'à séparer TÉglise de France de l'Église romaine, le cardinal de Noailles faisait chaque jour un pas de plus vers le schisme. Les parlements, heureux de secouer le joug de l'autorité pontificale, en attendant le moment de secouer le joug de l'autorité royale, se montrèrent favorables aux opposants. L'esprit de révolte dicta les jugements qu'ils rendirent contre la bulle Pastoralis O/pcii et contre les mandements des évêques fidèles qui condamnaient les appels. Ils laissaient une entière liberté aux ennemis du saintsiége et poursuivaient comme coupables d'abus ceux qui écrivaient en faveur de la bulle et de l'autorité du Souverain Pontife. Tout ce qu'osait un petit nombre d'évêques appelants leur paraissait héroïque; tout ce que faisaient les évêques acceptants pour accomplir leur devoir, leur paraissait criminel.

La Faculté de théologie crut que tout lui était permis après le second appel du cardinal. Ne gardant plus de mesures, elle reçut dans son sein et rétablit dans tous ses droits un des plus fougueux partisans de Quesnel, le docteur Petitpied, dont le fanatisme était devenu de la folie. Exilé en Hollande pour avoir refusé de rétracter la signature qu'il avait donnée au fameux cas de conscience, il avait récemment obtenu la permission de rentrer en France et s'était réfugié près de Paris dans le petit village d'Asnières, où il avait inventé une liturgie à son usage. Il disait la messe le dimanche seulement, sur un autel en forme de tombeau^ couvert d'une simple nappe, sans croix ni chandeliers. En allant à l'autel il se faisait précéder d'une grande croix, la seule qui fût dans l'Eglise. Le pain, l'eau et le vin qui devaient servir au sacrifice lui étaient portés parmi les offrandes du peu-

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