‹ MassillonChapitre 165 sur 215 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

pie. On y mêlait les prémices des fruits delà saison et on les plaçait sur l'autel. De temps à autre les bénédictions qu'il est ordonné. de faire sur les espèces eucharistiques se faisaient sur les fruits de la saison qu'on avait places à côté du calice. Pendant que Petitpied préludait ainsi aux fantaisies liturgiques du clergé constitutionnel et de' la république française, la Faculté de théologie lui permit de prendre part à ses assemblées. Mais il ne put pas profiter de cette permission. L'honneur qu'on voulait lui faire le fit condamner une seconde fois à l'exil. Quant à la Faculté le régent l'obligea à réparer ses excès de zèle. Par ordre de Sa Majesté, le greffier raya les conclusions qui rétablissaient Petitpied dans les droits du doctorat.

Fatigués du bruit toujours croissant que faisaient autour d'eux les querelles religieuses, le régent et l'abbé Dubois, son ministre, cherchaient un moyen de les assoupir. On ne pouvait imposer silence aux deux partis et il n'était pas facile de les mettre d'accord. Le temps pouvait seul modifier les dispositions des esprits. On devait se lasser enfin d'entendre toujours les mêmes disputes L'attention publique ne tarda pas à se porter sur des sujets plus capables de l'exciter. Le système de Law, la compagnie du Mississipi, l'agiotage, le commerce des actions, les fortunes soudaines, la soif de l'argent passionnèrent Paris bien autrement que l'efiicacité de la grâce et la nécessité d'un concile général. De 1718 à 1720 la Sorbonne et le palais du cardinal de Noailles furent presque oubliés et n'attirèrent dans leurs murs qu'un petit nombre de sectaires. La foule allait essayer de s'enrichir à la rue Quincampoix.

Dubois, qui avait plus d'ambition que d'avarice, aimait mieux gagner le chapeau de cardinal que de gagner des millions. Mais pou»* (»btenir la pourpre il devait rendre

à la cour romaine un service signalé. Gomme rien ne désolait plus le saint Siège que l'obstination des jansénistes français, il voulut arriver à tout prix à un accommodement. Il fit entrer facilement dans ses vues le P. La Tour, général de l'Oratoire, Massillon, qu'il retint à Paris dans l'espoir d'en faire le trait d'union entre les opposants et les acceptants, et l'évêque de Bayonne, qui passait pour avoir du crédit sur l'esprit du cardinal de Noailles. Pendant les derniers mois de l'année 1719 trente évêques réunis à Paris tinrent des conférences pour trouver un moyen d'obtenir du cardinal Tacceptation de la bulle Unigenitus. Le régent fit soumettre à leur examen un corps de doctrine patiemment élaboré par quelques théologiens amis de la paix. C'était comme une interprétation de la bulle où les points contestés étaient expliqués. Les évêques approuvèrent cet écrit et le reconnurent conforme aux principes de l'instruction pastorale de l'assemblée de 1714. Le cardinal de Noailles envoya au régent (14 mars 1720) son acte d'acceptation de la bulle et d'approbation du corps de doctrine, mais à condition qu'après l'avoir montré aux évêques on le lui renverrait. Il se ménageait ainsi un moyen d'annuler tout ce qu'il venait de faire . Il écrivit d'ailleurs une circulaire à ses curés pour leur dire qu'en prenant le parti d'accepter la bulle il avait mis la vérité à couvert par de bonnes explications. Il avait demandé que le corps de doctrine fût approuvé par tous les évêques, sachant bien qu'il serait difficile de réunir tous les évêques à Paris dans un court délai. Mais Tabbé Dubois trouva moyen de le satisfaire et de lui montrer quatrevingt-dix-sept signatures épiscopales. Six ou sept ecclésiastiques eurent mission de parcourir les différentes provinces du royaume, de présenter aux évêques résidents le corps de doctrine, et de les prier de le signer

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