CHAPITRE XII
d'être blâmé sévèrement, mais il est facile de justifier sa conduite et de citer, en faveur de l'abbé Dubois, des témoins à décharge, en les choisissant non point parmi les amis de l'ambitieux ministre, mais parmi ses ennemis. Ces témoins Irrécusables réduiront à leur juste valeur quelques-unes des accusations qui ont pesé longtemps sur sa mémoire. Assurément il n^avait pas les vertus requises pour occuper le siège qu'avait illustré Pénelon et pour être revêtu de la pourpre romaine. On ne lui reprochera jamais assez la coupable ambition qui lui a fait rechercher les dignités de l'Eglise , uniquement pour se faire une sorte de noblesse et s'élever, malgré Tobscurité de sa naissance, au niveau des ducs el pairs. Mais aux justes reproches qu'on est en droit de lui adresser, il n'est pas nécessaire d'ajouter la calomnie et de le représenter comme le plus impie et le plus dépravé des amis du régent.
Prenons acte d'abord du témoignage- de Lemontey. Cet historien , qu'on ne soupçonnera pas de partialité, déclare que la vie de l'abbé D abois devint extrêmement chaste et sobre dès l'année 1716, lors de son voyage en Hollande, pour assurer le succès de la triple alliance. Il ne fut plus consumé que par l'excès du travail et les angoisses de l'ambition. « Telle est la vérité qu'il ne faut pas chercher dans les libelles du temps (1) . » Puisqu'il est certain qu'à l'époque de son sacre Dubois menait une vie « extrêmement chaste et sobre », pourquoi Massillon aurait-il refusé de servir de témoin dans l'enquête d'usage sur la vie et les mœurs de ce ministre ? Selon Saint Simon, trop passionné pour être véridique , Massillon « au pied du mur, étourdi, sans ressources étrangères, sentit l'indignité de ce qui lui était proposé, balbutia, n'osa refuser. Mais qu'eût pu faire un homme aussi
(1) Hist. de la Régence, t. Il, p. 87 en note.
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mince selon le siècle vis-à-vis d'an régent, de son ministre et du cardinal de Rohan ? Il fut blâmé néanmoins et beaucoup dans le monde, surtout des gens de bien de tout parti, car en ce point l'excès du scandale les avait réunis. Les plus raisonnables, qui ne laissèrent pas de se trouver en nombre, se contentèrent de le plaindre et on convint enfin assez généralement d'une sorte d'impossibilité de s'en dispenser ou de refuser. » Duclos ne fait que répéter Saint Simon. Il plaide à sa manière quelques circonstances atténuantes. « La grâce singulière d'avoir "été fait évoque n'ayant que du mérite lui fit craindre que son refus ne fût taxé d'ingratitude... D'ailleurs l'étude et la retraite avaient pu l'empêcher d'être parfaitement instruit de la dépravation du nouveau prélat. Ajoutez à toutes ces raisons une timidité que la vertu bourgeoise conserve au milieu de la cour. Il obéit enfin à la nécessité : les rigoristes le blâmèrent , les gens raisonnables le plaignirent et l'excusèrent. » Nous n'acceptons pas ces justifications. Massillon ne pourrait pas être excusé s'il avait contribué à donner une attestation de bonne vie à un homme notoirement dépravé, poussant le scandale jusqu'à l'excès. Qu'on ne dise pas que Massillon ne connaissait pas l'abbé Dubois, qu'on n'allègue pas qu'il vivait dans la retraite. Lorsqu'il prêchait le Petit-Carême, lorsqu'il était reçu à l'Académie française , lorsqu'il travaillait à l'accommodement, Massillon ne vivait pas dans la retraite, il voyait beaucoup de monde, il fréquentait les amis et les ennemis de Dubois, il le connaissait parfaitement. Il savait, ce que Lemontey n'a pu s'empêcher d'avouer, que la vie de Dubois était alors « extrêmement chaste et sobre » . Pour former son opinion il ne s'en rapportait pas aux libelles du temps.
Avant 1716 la vie de Dubois était-elle fort dissolue? 11 est certain quêtant qu'il ne fut pas ministre, ses mœurs