‹ MassillonChapitre 169 sur 215 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

ne scandalisèrent personne. Son élévation lui suscita des envieux, qui n'oublièrent jamais son origine et ne lui épargnèrent aucun outrage. Par qui fut-il placé et maintenu auprès du duc de Chartres, en qualité de précepteur? Par Saint-Laurent qui était, nous dit Saint-Simon, « grand homme de bien et l'homme de son siècle le plus propre à élever un prince. » Dans une lettre de Fénelon datée du 11 octobre 17U, nous lisons une sorte d'attestation de vie et mœurs. « M. l'abbé Dubois, autrefois précepteur de Monseigneur le duc d'Orléans, est mon ami depuis un grand nombre d'années. . . S'il était connu de vous il n'aurait besoin d'aucune recommandation et son mérite ferait bien plus que mes paroles. » Au nombre des ennemis que Dubois avait à la cour il faut compter la princesse Palatine. On sait quelle fut sa colère lorsque son fils épousa M"^ de Blois, fille légitime de Louis XIV. Elle était persuadée que Tabbé Dubois avait conseillé ce mariage à son fils et avait vaincu ses répugnances. Aussi ne parlait-elle de lui qu'avec rancune. Pourtant elle n'accusait jamais ses mœurs, es qu'elle aurait fait volontiers si elle avait pu le faire sans mentir. Dans une lettre du 23 octobre 1716, elle raconte comment l'abbé Dubois devint précepteur de son fils, puis elle ajoute : « Si cet abbé était aussi bon chrétien qu'il est habile ce serait un homme excellent; mais il ne croit à rien et cela fait de lui un homme faux et scélérat. Il est instruit, ce n'est pas douteux, et il donne de l'instruction à mon fils, mais j'aimerais bien mieux qu'il ne Teùt jamais vu ; alors ce malheureux mariage que je déplore encore n'aurait pas eu lieu. » Il n'est jamais question de la dépravationde Dubois dans les lettres de la princesse Palatine, si instruite de toutes les anecdotes scandaleuses racontées à la cour et si heureuse de les traduire en son rude allemand qui, dans les mots, brave sans scrupule l'honnêteté. Elle n'a

pas tort quand elle se plaint de ce que Dubois n'est pas un bon chrétien, mais elle exagère quand elle l'accuse de ne croire à rien. En écrivant à sa famille, Dubois avait coutume de tracer à la plume, en tête de ses lettres, un petit signe de croix, ce qui n'est pas d'un impie. Les lettres à sa mère, toujours très-filiales, se terminaient par des expressions semblables à celle-ci : « Souvenez-vous toujours de moi dans vos prières. » Un des ennemis naturels de Dubois, Villefore, l'auteur des Anecdotes ou mémoires secrets sur la constitution Unigenitus, parle avec amertume, dans ce long pamphlet janséniste, de l'auteur de l'accommodement, mais il est loin de le représenter comme un débauché ne croyant à rien. « Du côté de l'esprit, dit-il, loin d'être inférieur à sa destinée , il sait y répondre et les remplit avec grand art. Sa capacité parut dans les correspondances étrangères, dans les négociations les plus graves, comme aussi dans la forme et dans tout le cours de son gouvernement, lorsque il eut en chef l'administration. Quant aux affaires de la bulle, s'il ne les conduisit pas d'une manière fort canonique c'est qu'il suivit fidèlement toutes les idées du prince qu'il servait. Il n'avait en vue ni de satisfaire la cour de Rome, ni de plaire aux jésuites, ni de ménager les évêques. Il voulait faire réussir les alliances avec TEspagne et rétablir la paix dans TÉglise de France par les voies d'une politique indépendante et bien isolée, et il se moquait du reste. C'était un génie robuste toujours prêt à donner assaut ou à repousser l'ennemi. Mais il fallait lui passer son style un peu libertin, car sur quelque matière qu'il parlât, soit dans des conférences sérieuses, soit dans l'entretien familier, c'était toujours avec l'assaisonnement de ces expressions qui servent d'ornement aux jolis propos d'un corps de garde (1). »

(1) Anecd., t. III. Utrecht 1732.

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