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CHAPITRE XII

vain la cour elle-même, loin de s'opposer à ces nouvelles mœurs, en fournissait souvent le modèle. Madame se ressembla toujours à elle-même. Nous l'avons vue seule presque conserver aux règnes à venir la bienséance et la tradition des premiers usages que l'amour de la paresse et de la commodité abolissait peu à peu, faire passer aux âges suivants ce qui nous reste de grand et d'honorable des anciennes cours, et sauver l'uniformité à une nation que la lassitude seule des changements pourra fixer un jour (1). »

Massillon ne blessait pas la vérité en célébrant les inébranlables sentiments religieux de la princesse Palatine,mais n'est-il pas allé un peu loin, lorsqu'il a dit que sa piété était simple et soumise, exacte et régulière, noble et héroïque ? Elle écrivait en 1709 (18 avril) : « Le confesseur que j'ai maintenant est raisonnable en tout excepté en fait de religion, où il est par trop simple. »

(1) Le même point a été touché avec moins de délicatesse et plus de liberté oratoire par le P. Cathalan, jésuite, dans l'oraison funèbre de la princesse Palatine, qu'il prononça le 8 mars 1723, à Laon, où était évêque Charles de Saint-Albin, fils du régent et de Marie Lebel de la Bussière de Séry <; Combien de fois condamnat-elle ces négligences hardies d'habillements qui favorisent la corruption et que je ne sais quel goût de liberté et de caprice, le charme funeste de notre nation, a criminellement inventées ! modes indécentes que la gravité ancienne n'aurait pu souflFrir! Elles mirent sur son visage et dans ses yeux toute l'émotion et tout le feu d'une pudeur indignée. » La duchesse d'Orléans mit à la mode un vêtement d'origine germanique qu'on appela une palatine, mais elle ne put faire disparaître certaines modes françaises qui la choquaient. Ses exemples étaient moins imités que ceux de la duchesse de Berry. — En 1683 le pape Innocent XI avait ordonné par un édit « à toutes filles et femmes de se couvrir les épaules et le sein jusqu'au col et les bras jusqu'au poing avec quelque étoffe épaisse et non transparente; » celles qui n'obéissaient pas étaient sujettes à certaines peines spirituelles et temporelles. A ces peines étaient également sujets « les pères, les maris, les maîtres et autres chefs de familles, par la permission ou connivence desquels les filles et les femmes auraient contrevenu à l'ordonnance. » 11 est probable qu'en France cet édit ne fut jamais enregistré au Conseil d'Etat.

Voilà ce semble une piété dont la soumission laisse à désirer, mais ce qui l'excuse, c'est sa bonne foi qu'on ne peut contester. La princesse avait horreur de l'incrédulité. Elle ne cessa de gémir, dans ses lettres, de l'impiété de la jeunesse. C'est une folie, disait-elle de vouloir chercher dans le doute une sûreté que la religion seule promet. En rappelant ces paroles, Massillon était en droit d'ajouter : « Jamais de ces ostentations si indécentes au sexe, surtout de ces étalages vulgaires d'incrédulité qui croit tout savoir quand elle doute de tout ; qui ne se glorifie du naufrage de la foi que pour se calmer souvent sur celui de la pudeur; et qui ne connaît pas même assez ce qu'il faut croire pour en douter. » S'il avait lu les lettres de celle dont il prononçait l'éloge funèbre Massillon se serait sans doute abstenu de rappeler, comme une preuve de sa piété, son assiduité aux sermons. « La majesté de sa présence y> n'était que la majesté de son inattention. Elle ne conserve aucun souvenir de ce qu'elle entend. Elle n'en parle pas dans ses lettres comme M™'' de Çévigné parlait des sermons de Bourdaloue. Elle écrit de Versailles (8 mars 1701) : « Dimanche, il y avait sermon et j'eus aussi à écrire à ma tante l'électrice de Brunswick.. . Lundi, je fus avec M. le Dauphin à la chasse du loup... Mardi, nous courûmes le cerf à Saint Germain et le soir il y eut comédie. Mercredi, j'écrivis en Lorraine et à Modène et je fus au sermon. Jeudi, nous allâmes encore à la chasse au loup... Vendredi, il y eut encore sermon et j'eus des affaires tout le jour... Samedi, nous fûmes encore à la chasse au loup... Dimanche, j'écrivis à Hanovre et j'allai au sermon qui fut très-long. » On ne peut témoigner plus d'indifférence à la prédication et au prédicateur. Massillon pouvait se dispenser de dire : « Nous la voyions avec joie dans nos temples avec la multitude des fidèles, d

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