CHAPITRE XII
Dans cette oraison funèbre, qui est loin d'être un chef-d'œuvre, on est heureux de rencontrer un appel à la conscience endurcie du duc d'Orléans. Quelle meilleure occasion pour l'inviter à se souvenir de ses devoirs envers Dieu que les obsèques de sa mère qui, durant les derniers jours de sa vie, disait souvent en parlant de son fils : a Dieu veuille le convertir, c'est la seule grâce que je lui demande. » Massillon rappelle dans la première partie de son discours cet ardent désir d'une princesse dont l'âme religieuse était épouvantée par l'impiété du régent. « Nous pouvons l'ajouter ici, son salut l'intéressait encore plus que sa grandeur. Gomme une autre Monique, elle l'enfantait tous les jours par ses prières et par ses larmes. Elle n'offrait jamais à Dieu le sacrifice de son cœur et de ses lèvres sans lui demander qu'il jetât enfin des regards de miséricorde sur ce cher enfant. Et que lui restait-il en effet à désirer pour lui que la gloire des saints. » Dans une éloquente péroraison, Massillon ra-. mène ces vœux et ces prières de la duchesse d'Orléans pour la conversion de son fils. Il la représente, sur son lit de mort, disant au régent : Servez Dieu et le roi. « Elle ne lui souhaite que le don de Dieu et ne compte pour rien de se séparer de lui dans le temps, pourvu
qu'elle ne le perde pas dans l'éternité Si les vœux
des justes mourants sont toujours exaucés, grand Dieu! puissent ceux de la princesse qui expire être écoutés ! Puissent les derniers désirs de sa foi et de sa tendresse pour son fils être montés avec elle au pied de votre trône ; attirer sur lui les regards de votre miséricorde ; le rendre aussi agréable à vos yeux qu'il est grand devant les hommes, et écrire son nom dans le livre de l'immortalité aussi glorieux qu'il le sera dans nos histoires. »
Le duc d'Orléans fut-il ému en entendant cette prière
de Massillon mêlée aux prières de sa mère? L'histoire n'en dit rien. Peut-être fut-il un moment effrayé en considérant dans quelles grossières débauches s'usaient son cœur et sa vie. Mais hélas ! il répondit sans doute à la voix de sa conscience, comme Luther à Catherine Bora : « Le char est trop embourbé. » Le duc d'Orléans ne survécut pas longtemps à sa mère. Il mourut le 2 décembre 1723 d'une apoplexie foudroyante, pendant que la duchesse de Falari, celle que les chroniqueurs du temps appellent avec un si juste mépris la PhalariSy lui racontait, pour dissiper un violent mal de tête dont il se plaignait, les anecdotes graveleuses qu'il aimait le plus et qui ordinairement surexcitaient ses sens blasés. Quatre mois auparavant, Dubois avait précédé son maître dans la tombe, ne laissant qu'une simple succession mobilière qui n'égalait pas deux années de son revenu.