CHAPITRE XIII
Episcopat de Massillon. — Ses visites du diocèse. — Ses discours synodaux. — Ses exemples confirment ses paroles. — Une anecdote janséniste. — Vertus de Massillon. — Sa charité pour ses prêtres et pour les pauvres. — Lettre au cardinal de Fleury.
Après l'oraison funèbre de la princesse Palatine, Paris n'entendit plus Massillon. Il se hâta de retourner au milieu du troupeau confié à ses soins, n'ayant d'autre ambition que de remplir fidèlement ses devoirs de pasteur des âmes. Il mérita d'être compté au premier rang parmi ces évêques actifs, zélés, dévoués, qui furent si nombreux au dix-huitième siècle et qui auraient empêché la dissolution des mœurs , en même temps que la perversion des idées, si des causes plus puissantes que leurs infatigables efforts n'avaient pas précipité cet inévitable malheur. Nous voudrions pouvoir raconter longuement l'épiscopat de Massillon. Si grand qu'il ait été comme orateur et comme écrivain, il nous parait plus admirable encore comme pontife. Malheureusement nous n'avons pu recueillir que de rares détails sur cette dernière, partie de la vie de Massillon plus glorieuse peut-être devant Dieu que la première, mais cachée dans une province obscure et pauvre, loin des regards de ceux qui distribuaient alors la gloire humaine.
Dès le 9 avril 1721, Massillon annonça une première visite générale de son diocèse. C'était-là, disait-il, une
des premières fonctions de son épiscopat. « Des raisons supérieures, qui nous paraissaient dans l'ordre de Dieu, avaient jusqu'ici éloigné le pasteur du troupeau. » Non content de voir par lui-même toutes les paroisses de son diocèse et tous les prêtres chargés d'instruire et de diriger les fidèles, il se faisait adresser annuellement, par chaque curé, un rapport sur la situation morale de sa paroisse et sur l'état matériel de son église . Ce rapport était rédigé en forme de questionnaire. Chaque curé devait répondre aune série de questions précises. L'ensemble de ces réponses formait une statistique complète qui permettait de connaître exactement les progrès du bien ou du mal, les abus qu'il importait le plus de corriger, les divers points qui réclamaient davantage l'attention vigilante du clergé! 11 n'est pas sans intérêt de parcourir ces procès-verbaux des visites pastorales de Massillon(l). Les économistes y trouveraient de précieux matériaux pour résoudre certains problèmes et pour établir, entre le passé et le présent, une comparaison basée sur les faits. Nous avons été frappé surtout des réponses données à ces deux questions : — Y a-t-il des écoles dans la paroisse ? — Des scandales ont-ils été donnés dans la paroisse? — La plupart des curés de village déclarent qu'il n'y a aucune école régulière. D'autres font savoir qu'une personne dévouée apprend à lire et à écrire aux petites filles et aux petits garçons. Les paroisses pourvues d'école forment l'exception. Les partisans de l'instruction obligatoire s'indigneront sans- doute en recueillant de tels aveux. Mais nous les prierons de remarquer les réponses faites cà la seconde question. Beaucoup de curés déclarent que dans leurs paroisses aucun scandale ne s'est produit. D'autres exposent qu'une personne de mauvaises mœurs a donné de
(1) Le recueil de ces questionnaires forme plusieurs volumes conservés à la bibliothèque du séminaire de Clermont-Ferrand.