CHAPITRE XIII
fâcheux exemples, mais qu'elle a été obligée de quitter le village. Les paroisses affligées par des scandales forment l'exception. L'absence de maîtres d'école n'entraînait donc pas nécessairement l'immoralité dans les montagnes de l'Auvergne. Si les mêmes questions étaient posées aujourd'hui aux curés de tel ou tel diocèse, il est probable que leurs réponses seraient très-différentes de celles qui furent données dans le diocèse de Glermont au commencement du siècle dernier. Il est bon sans doute que chaque paysan sache lire et puisse au jour des élections écrire un nom propre sur un bulletin, mais n'est-il pas regrettable que ce progrès réel ne se soit accompli qu'avec une diminution sensible des habitudes morales et du sentiment religieux ?
En parcourant le vaste diocèse de Glermont, resté longtemps sans pasteur, et dont quelques paroisses n'avaient pas été visitées par un évêque depuis plus de cinquante ans, Massillon rencontra plus d'un spectacle affligeant. La province n'était pas entièrement à l'abri de la corruption morale dont Paris était le foyer. Quelques membres du clergé s'étaient laissé atteindre par la contagion. Massillon déplore ce mélange d'ivraie et de bon grain, en annonçant la seconde visite générale du diocèse et en rappelant la première. (Mandement du 12 février 1730.) « Sinous avons trouvé de la consolation dans le zèle de beaucoup de ministres qui partagent avec nous la sollicitude pastorale, Dieu n'a pas permis que notre joie ait été pleine et entière. Les besoins infinis du peuple immense que la Providence nous a confié, la multitude d'ouvriers que nous avons établis pour le conduire, et parmi lesquels il est difficile qTi'il ne s'en trouve quelques-uns moins fidèles à l'esprit de leur vocation ; les désordres publics qui sont toujours les tristes suites de leur infidélité; la misère même, les calamités des campagnes que nous avons visi-
tées; tout cela a rempli notre cœur d'amertume. Nous avons tremblé sous le poids formidable de notre ministère et sous l'immensité de nos devoirs, »
Ces lignes renferment, si je puis m'exprimer ainsi, tout le programe de l'épiscopat de Massillon. Elever les prêtres et les religieux de son diocèse à la perfection de leur saint état, venir au secours de la misère de ses diocésains, tel fut le double but qu'il ne cessa de poursuivre. Les couvents attirèrent d'abord son attention . Ils étaient fort nombreux en Auvergne , comme dans toutes les autres provinces. Le plus souvent ils n'étaient babités que par un petit nombre de religieux qui ne pouvaient plus rendre à la société les services signalés qu'ils avaient rendus autrefois et que nous ne pourrions oublier sans ingratitude. Leurs ricbesses étaient moins utiles aux autres que dangereuses pour eux-mêmes . Le moyen âge était fini. Les religieux de tout ordre , pour être partout le sel de la terre, auraient dû se retremper dans la pauvreté. Une réforme générale était nécessaire, mais au-dessus des forces humaines. Amollis par la prospérité, les religieux devaient se purifier dans le malheur. La Révolution leur imposa brutalement le sacrifice qu'ils n'avaient pas le courage d'accomplir. Dépouillés de leurs biens, dégagés de tout fardeau terrestre, ils se sont élancés de nouveau, à pas de géants, dans la voie tracée par les saints, et ont reconquis le droit de parler aux peuples comme des envoyés de Dieu.
Quatre religieux du couvent de Soucilanges menaient une vie peu édifiante. On s'en plaignait hautement. Le mauvais exemple était devenu public et Massillon se vit obligé d'y porter remède. Il eut recours d*abord , pour faire cesser le scandale , au supérieur de ces religieux , espérant déterminer le Père prieur à s'occuper lui-même du bon ordre de sa maison. N'ayant rien obtenu par la