CHAPITRE Xni
douceur, il agit avec autorité. Il écrivit au Père abbé : — « Je suis enfin forcé, Monsieur, de procéder dans les formes contre la vie scandaleuse de quatre de vos religieux de Soucilanges. Ce n'est qu'à l'extrémité que je m'y détermine, après avoir attendu depuis trois ou quatre ans que vous y missiez ordre, sur les avis que j'en avais fait donner à Dom Poncet, votre prédécesseur, par un de nos grands vicaires. Le prieur qui gouverne le monastère de Soucilanges est un homme fort âgé, détenu dans sa chambre par la goutte et par les paperasses et les procès, dont il s'occupe uniquement. Il ignore, lui seul, le désordre de ses religieux, tandis que c'est un scandale connu de toute la province. Beaucoup d'honnêtes gens lui ont fait des plaintes, mais comme vous savez que c'est un homme entêté, toutes les plaintes ont été inutiles et le désordre n'a fait qu'augmenter chaque jour. Vous avez entendu parler d'un procès qu'il a fait au curé de Soucilanges, à l'occasion d'un mémoire que ce curé avait dressé pour m'être présenté sur le dérèglement des religieux. Gomme ce curé voulait le faire signer aux prêtres habitués de son église, un de ces prêtres, fort mauvais sujet, sous prétexte de l'aller signer le porta au prieur. Là-dessus le prieur a fait assigner le curé en réparation d'honneur. Les juges séculiers et ecclésiastiques se sont transportés à Soucilanges, et tout ce qui a résulté de cette procédure a été un plus grand éclat de la mauvaise conduite des religieux. Enfin le curé et le vicaire ont donné une dénonciation en forme à mon promoteur, et si vous lisiez les faits renfermés dans le réquisitoire et le nombre infini de témoins allégués, vous en seriez effrayé. L'official et le promoteur vont donc partir pour dresser les informations sur les lieux. Vous êtes encore à temps de prévenir une affaire aussi déshonorante. Je ne suis point d'un caractère à faire de la peine, surtout à des religieux d'un ordre que j'ai toujours
honoré. La douceur avec laquelle je gouverne ce grand diocèse où nous vivons tous en paix en répond assez. Mais à moins d'abandonner toutes les règles, je ne puis pas me dispenser de prendre connaissance d'un scandale aussi public, et le prieur lui-même m'a mis, par son imprudence, dans la nécessité de le faire. S'il avait voulu prendre avec moi des mesures de prudence cette affaire aurait été presque assoupie, en éloignant de Soucilanges les quatre religieux scandaleux qui y vivent comme des soldats aux gardes. Je vous envoie leurs noms et quelques faits principaux de leurs dérèglements, je ne doute pas que vous ne les retiriez de ce monastère ; cela finira tout. Mais si vous y envoyez d'autres jeunes religieux, il faut y mettre un prieur qui puisse veiller sur leur conduite . Ils se dérangeront encore sous celui-ci, à qui l'âge et les infirmités ne permettent pas d'agir, qui ne sait rien de ce qui se passe et à qui les religieux font accroire tout ce qu'ils veulent. — Je suis, Monsieur, avec tous les sentiments possibles d'estime, V. T.-H. etT.-O. serviteur, J. B., évêque de Glermont (1).
Le monastère d'Ebreuil, sans donner d'aussi déplorables scandales que celui de Soucilanges, était habité par des religieux dégénérés qui ne songeaient qu'à jouir de leurs richesses dans l'oisiveté. En 1737, en vertu de lettres royales qu'il lui fut aisé d'obtenir, Massillon procéda à la suppression de la mense conventuelle et des offices claustraux d'Ebreuil, pour en réunir les revenus au grand séminaire de son diocèse. Mais les moines d'Ebreuil ne voulurent jamais consentir à leur ruine. Trop faibles pour résister seuls, ils ameutèrent les bourgeois contre l'ordonnance épiscopale. Pour les décider à les soutenir
(1) L'original de cevte lettre est conservé à la bibliothèque dé Clermont-Ferrand dont le conservateur a bien voulu nous la communiquer.