CHAPITRE XIII
dans ce combat ils leur firent concéder par leur abbé commendataire, Etienne de Fontenay, la propriété des murs, des fossés et des remparts de la ville. Devant une opposition aussi tenace, qui pouvait l'engager en des procès toujours fâcheux, Massillon crut qu'il était sage d'attendre du temps la réalisation de ses désirs ; il ne voulut point engager une lutte judiciaire interminable contre un corps qui rassemblait ses dernières forces, afin de reculer l'heure fatale de son trépas. Ces moyens répugnaient à son caractère. A la mort de l'abbé de Fontenay il se contenta d'obtenir en commende l'abbaye d'Ebreuil , afin de pouvoir préparer les voies d'une suppression qui devait donner à son grand séminaire d'importants revenus. Mais il ne vécut pas assez longtemps pour accomplir son dessein et laissa cette tâche à son succcesseur (1).
Les couvents de religieuses donnèrent moins d'inquiétudes à Massillon. L'un d'entre eux l'obligea cependant à prononcer des paroles sévères. Les mœurs y étaient pures, mais la paix n'y régnait pas. Plusieurs directrices s'y étaient introduites et avaient formé autant de partis. Chacun de ces partis préférait son directeur aux autres et voulait l'imposer à toute la communauté. De là des dissensions, des cabales, des haines féminines. Le parloir devint bientôt l'écho des discordes extérieures ; le bruit s'en répandit au dehors et le monde s'en entretint. Massillon fut obligé d'aller lui-même ramener à des sentiments de charité fraternelle ces religieuses irritées, qui se donnèrent en sa présence le baiser de réconciliation. « Je ne devrais venir ici, leur dit-il, que pour me consoler avec vous des désordres et des scandales qui ne peuvent pas manquer d'arriver dans un diocèse aussi
(1^ V. Histoire des ordres monastiques en Auvergne, par Emile Thibaut, p. 421.
immense que celui dont la Providence m'a chargé... Vous devriez me rendre le joug de mon épiscopat plus supportable et cependant vous l'aggravez, vous me le rendez plus accablant, vous ajoutez un nouveau poids d'amertume à mes peines... Je n'entends plus parler que des contentions et du schisme qui s'est glissé parmi vous : les uns sont à Paul, les autres à Géphas ou à Apollon et aucun n'est à Jésus-Christ... Voilà mes chères filles la source de tous vos malheurs. Attachées à vos guides par des goûts purement humains, Dieu ne bénit pas leur ministère à votre égard. La vanité, la prévention, des motifs peut-être encore plus condamnables décident de votre choix. Chacune veut élever les lumières et les talents de son Paul au-dessus des talents et des lumières du Céphas de l'autre. De ces attachements et de ces prédilections puériles viennent les antipathies, les refroidissements, les cabales, l'usage inutile et souvent profane et criminel des sacrements, les chagrins et les dégoûts de son état, et enfin les dissensions , c'est-à-dire le plus grand fléau dont Dieu puisse frapper un monastère de Vierges... Dieu vous a unies, mes chères filles, par les liens d'une même règle et d'un même asile ; que les hommes ne divisent donc plus ce que Dieu a uni. N'ayez toutes qu'un cœur et qu'une âme, comme vous n'avez toutes qu'un même époux et une même espérance... Recevez les guides que Jésus- Christ vous présente par mon ministère comme Jésus- Christ lui-même. Ceux que votre goût voudrait se choisir ne sont pas à votre égard les envoyés de Jésus- Christ. Ils n'ont pas sa mission, ils n'ont que la vôtre et par conséquent nulle bénédiction ne peut être attachée à leur ministère (1). )> Ces plaintes de Massillon sur les désordres qui affli-
(1) V. dans les œuvres de Massillon, Discours à des religieuses.