‹ MassillonChapitre 18 sur 215 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

les mêmes principes et ne se distinguaient que par la différence des conséquences qu'ils en tiraient.

On peut réduire à deux maximes fondamentales toute la théorie des libertés de l'église gallicane, libertés à l'égard du pouvoir spirituel dont elles diminuaient l'autorité, servitudes à l'égard du pouvoir temporel dont elles favorisaient le despotisme : 1° L'Église assemblée en concile général, ou même s'exprimant par la voix unanime des évêques dispersés, est supérieure au Pape, attendu qu'elle seule est infaillible, tandis que le Pape ne l'est point, même lorsqu'il parle comme vicaire de Jésus-Christ, chargé de paître les brebis aussi bien que les agneaux du bon pasteur. 2° Le Souverain-Pontife n'a aucune puissance, ni directe, ni indirecte, sur les souverains et les représentants de leur autorité, quand il s'agit de choses temporelles. Les gouvernements civils n'ont aucun compte à rendre au gouvernement ecclésiastique, de la manière dont ils règlent tout ce qui se rapporte aux biens et aux personnes de leurs sujets. — Les rois de France et les parlements se sont d'abord servi de ces maximes pour résister soit au Souverain-Pontife, soit à l'église gallicane elle-même, qu'ils s'efforçaient d'asservir ; les parlements ont invoqué ensuite ces maximes, pour légitimer leur résistance à l'autorité royale. Ces deux maximes se prêtaient à de telles intei'prétations, qu'elles pouvaient suffire pour détacher du gouvernement de l'église universelle le gouvernement de l'église de France, qui était exposée au danger de devenir une église nationale. On serait arrivé jusqu'aux dernières conséquences logiques des faux principes, qu'on proclamait comme la base de l'organisation particulière de l'église gallicane, sans ce fonds de bon sens qui est inhérent à l'esprit français. La première maxime rendait impossible l'exercice du pouvoir spirituel du Souverain-

Pontife, et obligeait les églises particulières à se suffire à elles-mêmes. Rien n'était plus difficile à rassembler qu'un concile général. Les évêques étaient considérés, avant tout, comme des sujets du roi. Ils ne pouvaient sortir du royaume pour répondre à l'appel du Pape qu'avec la permission du roi. Quand ils ne l'obtenaient pas, ils se croyaient obligés, en vertu des maximes gallicanes, d'obéir non pas au pape, mais au roi. Les définitions d'un concile étant seules infaillibles, à quoi serviront les définitions du Souverain-Pontife ? Pour anathématiser une doctrine, condamner un livre, qualifier des propositions, à quoi bon recourir au Pape? Lorsqu'il aura parlé, tout ne sera point fini. On pourra toujours en appeler au concile. Autorité faillible pour autorité faillible, tant vaut se contenter de celle des évêques du royaume. Les jansénistes ne manquaient pas d'user et d'abuser de la première maxime de l'église gallicane, pour en appeler au futur concile après chaque nouvelle condamnation qui les frappait. Sans l'adoption de cette maxime, le jansénisme aurait disparu en France après la première bulle du pape. En signant la déclaration de 1682, Bossuet signa à cette hérésie un brevet de longue vie. Du reste, les appelants au futur concile ne furent point ingrats envers le gallicanisme, ils lui rendirent tout l'appui qu'ils en recevaient.

La seconde maxime faisait dépendre du bon plaisir du roi tout changement dans la discipline ecclésiastique, toute prescription se rapportant soit aux membres du clergé, soit aux biens de l'église. En ne reconnaissant au Pape aucun pouvoir sur le temporel, les parlementaires ne voulaient pas dire seulement que les souverains Pontifes ne pouvaient plus user d'un droit que leur avait, un moment, conféré le moyen âge, et déposer les rois en certaines circonstances ; ils prétendaient, en outre, qae

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