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CHAPITRE II

le pouvoir spirituel, s'exprimant soit par la bouche du Pape, soit par la bouche des évêques, ne pouvait se mêler en rien de ce qui appartenait àFétat. Or, d'après eux, toute réglise de France appartenait à l'état, les personnes et les choses. C'était donc porter atteinte au pouvoir temporel, que de modifier les prescriptions canoniques touchant les membres du clergé et leurs biens, attendu que ces prescriptions étaient devenues des lois de l'état, et que, par conséquent, le roi seul avait le droit de les changer. En cas de conflit, soit au sujet des personnes, soit au sujet des choses, ce n'était donc pas le Pape qui pouvait terminer les procès, mais les parlements chargés d'appliquer les lois de l'état. Telle était la situation de l'église gallicane, grâce à ses libertés qui ne l'affranchissaient du joug du pouvoir spirituel, que pour la soumettre au joug du pouvoir temporel. Plusieurs évêques eurent à gémir de cette situation trop semblable à celle de l'église russe. L'archevêque de Vienne entre autres, aurait mené une vie plus tranquille et plus utile à son diocèse, si l'église de France, au lieu de subir les conséquences de ses libertés, eût joui des avantages de la liberté (1).

(1) Depuis le concordat, la situation de l'église de France, quant à ses rapports avec le Souverain-Pontife et le pouvoir temporel, sans avoir atteint la perfection idéale, est bien préférable à celle que lui avait faite l'ancien régime. Sans doute, le clergé a perdu ses privilèges et ses immunités. Il est soumis au droit commun; mais, du moins, il est délivré de la théologie de l'état. Il lui est permis d'accepter les décisions doctrinales du Souverain-Pontife, et il n'est plus tenté d'en appeler au futur concile à la moindre hérésie. De plus, les lois de l'église étant essentiellement distinctes des lois de l'état, qui a proclamé la liberté de conscience, le pouvoir temporel ne peut plus se faire juge des questions religieuses. En cas de conflit, dans la hiérarchie ecclésiastique, ni le supérieur ni l'inférieur ne feront terminer le différent par l'état. Mais plus le jugement des causes ecclésiastiques est soustrait à la juridiction du pouvoir temporel, plus il importe que la juridiction spirituelle, qui doit connaître de ces causes, soit organisée et fonctionne régulièrement.

Henri de Villars, fils de Claude de Villars, baron de Maclas et de Charlotte de Galvisson, était prédestiné à l'épiscopat. Il appartenait à une famille où la crosse et la mitre semblaient se transmettre d'oncle en neveu. Il se destina, dès ses plus jeunes années, à l'état ecclésiastique, où le chemin des hautes dignités était tout tracé pour lui. Toutefois, ce ne furent pas des vues humaines qui déterminèrent sa vocation, car il se fit remarquer de bonne heure par une régularité exemplaire, et devint sans contredit un des plus remarquables archevêques de Vienne. En 1650, étant chanoine et capiscol (1) de l'église de Saint-Maurice, il fut député de la province à l'assemblée générale du clergé, et fut nommé, l'année suivante, son agentgénéral. Il put, dès lors, se faire une idée des libertés de l'église gallicane. Le cardinal de Retz, alors coadjuteur de l'archevêque de Paris, s'était brouillé avec la cour. Mazarin, qui le détestait, voulut l'obligera se démettre de sa coadjutorerie. Oncassaitses ordonnances, on chassait les grands vicaires qu'il recevait et on leur en substituait d'autres qui recevaient du ministre leur mission. L'abbé de Villars gémit, «en voyant « violer ainsi les lois les plus saintes de l'église, et une <f puissance laïque mettre la main à l'encensoir et or- (c donner de toutes choses dans le sanctuaire (2). » En sa qualité d'agent général du clergé, il se crut obhgé de se plaindre. Pour le récompenser de ses remontrances, Mazarin lui fit dire de ne plus paraître à la cour. Comme le rusé cardinal ne gardait rancune à personne, quand la politique ne l'y engageait pas , il fit sa paix avec l'abbé de Villars, et le fit nommer coadjuteur de son oncle, Pierre de Villars, archevêque de Vienne.

(1) Caput scholse.

(2) Histoire de la sainte église de Vienne, par M. de Mauperluy. Lyon 1608.

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