CHAPITRE XIII
tiques. Il rappelait lui-même aux curés leurs principales obligations. Les discours synodaux de Massillon et ceux qu'il écrivit pour ses curés réunis en retraite nous ont été conservés. Composés avec moins d'art et d'étude que ses sermons et ses conférences ecclésiastiques, jaillis pour ainsi dire instantanément, comme une effusion de son cœur, ramenant souvent les mêmes exhortations, ils nous aident à connaître sur quel point dut se porter plus fréquemment sa sollicitude épiscopale. Ce qu'il recommande surtout au clergé, c'est la régularité des mœurs, le zèle pour le salut des âmes, le désintéressement, legoût des études ecclésiastiques/En lisant les vingt discours synodaux prononcés depuis l'année où il rentra dans son diocèse pour n'en plus sortir, jusqu'à l'année même de sa mort (1), on reste convaincu qu'à cette époque le clergé de Clermont édifiait en général les fidèles par la pureté de ses mœurs. S'il en eût été autrement,
(1) De 1723 à 1742. — D'Alembert dit que le cardinal de La Rochofoucault exhorta Massillon à revoir ses sermons, à les mettre en état de paraître, ou de son vivant ou après sa mort, et à composer en même temps, pour l'instruction de ses curés de petits discours qui lui coûteraient peu à faire et à retenir, ce qui ajouterait à sa renommée sans fatiguer sa mémoire. Massillon, ajoutet-il, suivit ce conseil. Depuis cette époque il prêcha tous les ans k ses synodes ces conférences si bien écrites et si pleines de sentiment et d'onction, qui suflS.raient pour l'immortaliser. D'Alembert confond les discours synodaux, qui ne peuvent ajouter beaucoup à la renommée de Massillon, avec ses conférences ecclésiastiques dont quelques-unes sont de vrais chefs-d'œuvre. Il est possible que dans les retraites Massillon ait prêché à ses curés telle ou telle de ces conférences qu'il avait écrites à Saint-Magloire. Mais, lorsqu'il remplissait avec tant de zèle, à Clermont, ses devoirs d'évêque, il avait plus de soixante ans et sa mémoire devenait de jour en jour plus ingrate. « On sait, dit l'abbé d'Auribeau, que, pendant son épiscopat, Massillon se bornait à lire ses discours synodaux à ses curés et à son clergé. » Pendant les vingt dernières années de sa vie il ne monta plus en chaire. Il avait perdu l'habitude, selon ses expressions, d'apprendre par cœur sa leçon, comme un écolier, et n'avait pu jamais contracter l'habitude de Timprovisation.
Massillon aurait insisté à plusieurs reprises et avec une énergique sévérité sur un si grave scandale. Il n'a traité ce sujet qu'une fois, dans l'espace de vingt années, ou plutôt il ne l'a qu'effleuré en parlant des suites funestes du dérèglement des pasteurs (synode de 1728). « Nous ne pouvons dissimuler que parmi tant de pasteurs fidèles et qui sont l'exemple et l'édification de leur troupeau, il ne s'en trouve qui déshonorent leur caractère et qui scandalisent leurs peuples par des mœurs profanes et fort éloignées de la sainteté de leur état. » Sans formuler ses reproches avec plus d'énergie, Massillon rappelle quel'incondiiite du pasteur a pour résultats nécessaires la dépravation du troupeau et l'extinction de la foi. «Que peut devenir au milieu des campagnes un pauvre peuple grossier et ignorant, conduit par un prêtre scandaleux et corrompu? Cette seule image me touche et me fait horreur. Ce peuple ne connaît point d'autre évangile que vos mœurs, point d'autre religion que votre respect pour les choses saintes, point d'autre devoir que vos exemples; vous êtes pour eux leur loi et tout le christianisme. Hélas! les pasteurs les plus fidèles, à force de zèle et d'instruction, ont encore bien de la peine à ramener leur ignorance et leur grossièreté à l'esprit de la vie chrétienne, à les désabuser d'un culte indécent et superstitieux, aies rappeler d'une vie toute animale et sauvage à des mœurs plus saintes ou du moins plus raisonnables , il faut qu'ils travaillent à en faire des hommes, pour ainsi dire, avant que d'en former des chrétiens. Que deviendra donc ce peuple grossier et infortuné entre les mains d'un curé scandaleux? Toutes les ressources de la religion lui deviennent inutiles et même pernicieuses. Plus d'instruction; car comment instruire un peuple que vous scandalisez tous les jours? Plus de sacrements; car comment leur apprendrez-vous à approcher sainte-