CHAPITRE XIII
ment des choses saintes que vous profanez sans cesse à leurs yeux ? Plus de foi ; car comment croiront-ils ce que vous paraissez ne pas croire vous-même? Plus d'horreur pour le vice, car que peuvent-ils voir de criminel à ce que vous autorisez par vos exemples? Il faudrait des miracles de la grâce pour préserver une seule âme dans une église si malheureusement partagée. »
On retrouve dans ce court fragment d'un discours évidemment écrit à la hâte les mouvements oratoires les plus familiers à Massillon, l'énumération, Finterrogation pressante, l'ampleur et l'harmonie de la phrase. Dans les autres entretiens synodaux, Massillon n'a plus abordé ce grave sujet. Il n'y était sans doute obligé par aucun fait nouveau. Un arrêt du parlement avait condamné au feu un curé de son diocèse. En déplorant ce triste événement, Massillon parla seulement des divisions qui existaient dans certaines paroisses entre les curés et les autres prêtres et qui suscitaient des procès portés devant des tribunaux laïques. Il ne crut pas devoir exhorter une fois de plus ses prêtres à la régularité des mœurs. Mais il toucha un point délicat en leur recommandant l'esprit de prière. Il leur montra comment l'habitude de la prière pouvait seule les mettre à Fabri des dangers qu'ils rencontraient dans l'exercice de leur ministère , et surtout dans les salutaires fonctions qu'ils remplissaient au tribunal de la pénitence . « Hélas ! mes frères, nous y sommes dépositaires des fragilités d'un sexe faible ; les images funestes qui nous en restent souillent du moins l'imagination, si elles ne souillent pas le cœur : c'est une étincelle fatale qui reste au dedans de nous et qui souvent est la source d'un grand incendie. L'usage de la prière peut seul dissiper et purifier ces fantômes, et éteindre ces étincelles dans leur naissance . De pieuses intentions ne suffisent pas même pour nous
mettre à couvert des dangers de ce ministère. On est d'abord touché des faiblesses d'un sexe fragile ; mais il est à craindre qu'on ne le soit bientôt encore plus de sa confiance. On ne se prête d'abord qu'aux besoins, ensuite aux inutilités ; on commence par le zèle et on finit souvent par l'attachement; on est entré ministre dans le tribunal, et on n'est plus qu'un homme quand on en sort. . .. Si la prière ne nous soutient dans une fonction si périlleuse, si nous nous y présentons sans précaution, si nous nous exposons témérairement à des dangers d'autant plus à craindre que nous y sommes les seuls juges et les seuls témoins de nos chutes ; si ce sont des motifs de curiosité, d'affection humaine, de complaisance en la confiance qu'on a pour nous, qui nous y conduisent, le tribunal sacré où nous devions purifier les souillures d'autrui, ne sera plus pour nous que le lieu fatal où nous en contracterons tous les jours de nouvelles. »
Massillon aurait voulu ranimer dans le cœur de tous ses prêtres le zèle pour le salut des âmes. 11 avait remarqué, en gémissant, dans ses visites pastorales, que certains curés, abusant de leur autorité pour satisfaire leurs animosités personnelles, refusaient sans raison les sacrements à quelques-uns de ses paroissiens. Il réforma cet abus qui soulevait de trop justes plaintes. « Quelle que puisse être la grossièreté de vos peuples, dit- il à ses curés, la vie sainte d'un pasteur fait toujours son etfet. Plus même ils sont grossiers plus un exemple qu'ils ont sans cesse devant les yeux les frappe ; toute leur religion est dans leurs sens. Les nations les plus sauvages ont quitté toute leur férocité devant les hommes apostoliques. » Il ne pouvait comprendre comment des pasteurs se réoignaient à vieillir dans le ministère sans avoir tiré une seule âme de l'égarement. Plusieurs vivaient dans une oisiveté indigne du sacerdoce, insensibles aux be-