CHAPITRE XIII
soins de l'Église, sans amour pour leurs saintes fonctions. D'autres n'apportaient aucun soin à la tenue régulière des registres de leur paroisse, qui étaient alors des titres authentiques pour l'état civil des fidèles aussi bien que pour leur état religieux. « Les baptêmes, les mariages, les certificats mortuaires, c'est-à-dire tout ce qu'il y a de plus sacré et qui fait toute la sûreté de l'état et de la religion, tout cela n'est écrit que sur des feuilles volantes, sans ordre, sans soin, sans précaution. Des titres si augustes et si saints sont dispersés à l'aventure comme des papiers de rebut, et tandis qu'il n'y a point de père de famille qui ne tienne les titres de sa maison et de ses enfants, et l'état journalier de ses affaires temporelles dans un ordre scrupuleux et dans des registres sûrs, qui subsisteront après sa mort, des curés, les pères des fidèles, laissent dans un désordre affreux la filiation spiiituelle de leurs enfants selon la foi, les témoignages publics de leur origine chrétienne et tous les titres qui leur donnent droit à l'héritage des enfants de Dieu. )> Massillon se plaignait aussi de ce que plus d'un curé, malgré l'obligation rigoureuse que lui imposait son titre de pasteur d'instruire son peuple, se dispensait de faire le prône et laissait pendant des années entières sa paroisse sans instruction. Il réfutait toutes les excuses qu'on alléguait pour se dispenser de la prédication : le défaut de talent, la timidité, le manque de mémoire, la faiblesse de la santé, la vieillesse et le besoin du repos. Mais c'est surtout lorsque il rappelait à ses curés le soin qu'ils devaient avoir pour les malades qu'il retrouvait, presque octogénaire, toute l'éloquence de sa jeunesse. 11 énumérait les prétextes spécieux qui faisaient quelquefois différer les secours demandés par un malade. <c La rigueur de la saison, la difficulté des chemins, le sommeil de la nuit interrompu, une légère indisposition... voiltà les
prétextes auxquels les pasteurs, même d'ailleurs irréprochables, se laissent souvent séduire. La rigueur de la saison? mais, mes frères, vous empêcherait-elle d'aller prendre possession d'une place ou d'un titre où la célérité serait essentielle? et vous croirez la diligence moins importante quand il s'agit d'aller assurer à votre frère une place dans le ciel et le titre d'héritier d'un royaume éternel?... La difficulté des chemins? mais le bon pasteur allait chercher ses brebis à travers les montagnes les plus impraticables ; et les chemins peuvent-ils paraître difficiles à un ministre de Jésus-Christ qui va frayer à une âme le chemin du ciel? le sommeil de la nuit interrompu? mais pour ne pas retrancher de votre paresse une heure de sommeil, n'auriez-vous pas horreur de vous-même en vous exposant par vos délais à précipiter votre frère dans un sommeil éternel? Enfin une légère indisposition de santé? mais, mes frères souvenez-vous quelquefois que Jésus-Christ, le grand modèle des pasteurs, dans la défaillance de son agonie, et sur le point d'expirer sous la rigueur des tourments, ne refuse pas son secours à un pécheur qui expirait à ses côtés et qui réclamait sa puissance et sa miséricorde. »
C'est ainsi que Massillon s'efforçait de persuader à ses prêtres que le zèle sous toutes ses formes est le devoir le plus essentiel du sacerdoce et qu'il ne suffit pas à un curé de mener une vie sage et réglée aux yeux des hommes. Il est chargé de la sanctification des âmes, et s'il ne se dévoue pas activement à ce ministère, il ne sera devant Dieu qu'un serviteur inutile, malgré la régularité de ses mœurs. Mais en condamnant « une prétendue vertu indolente, immobile, léthargique, » Massillon exposait dans un magnifique discours, qui est pour ainsi dire un traité, les caractères que doit avoir le zèle des ministres de Dieu contre les vices des hommes. Il mon-