CHAPITRE XIII
trait comment le véritable zèle est patient, bienveillant, prudent et discret, n'agissant jamais par orgueil ou par ambition, ne cherchant jamais ses propres intérêts. Il recommandait la douceur et l'indulgence à l'égard des personnes du monde avec un accent qui étonne dans sa boache, d'où sont tombées, du haut de la chaire, de si sévères paroles. Il ne veut pas que le prêtre se hâte de soupçonner, de juger témérairement, de condamner sur de simples apparences. « Nous ne faisons pas de grâce aux actions des mondains... Tout en eux réveille l'idée du vice aux yeux de notre fausse vertu, des manières trop libres avec un sexe différent, quoique souvent un pur effet de la légèreté, nous les croyons des desseins de crinie; un entretien que le hasard seul aura ménagé jette à l'instant dans notre esprit le soupçon d'un rendez-vous honteux, nous croyons voir dans une simple indécence de parade un cœur corrompu et livré à la passion ; un extérieur moins recueilli, dans une personne consacrée à Dieu, est pour nous un signe infaillible que l'esprit du monde a pris dans son cœur la place do l'esprit de son état... Nous nous faisons un pieux mérite de voir plus clair que les autres dans les défauts de nos frères... Nous nous applaudissons d'une découverte qui vient confirmer nos soupçons. »
De toutes les vertus sacerdotales, il n'en est aucune sur laquelle Massillon ait plus souvent et plus vivement insisté, dans ses discours synodaux, que sur le désintéressement . Presque chaque année il tonnait contre l'avarice des clercs avec une éloquence effrayante. Quand on médite ses paroles, quand on songe à quelles tentations, à quels abus, à quelles revendications de leurs droits l'ancienne organisation des biens ecclésiastiques exposait les curés, surtout au milieu des populations pauvres de la campagne, on déplore moins l'organisa-
uoi actuelle, malgré ses défauts. Sans doute il est humiliant pour les membres du clergé de paraître salariés par l'État comme de simples fonctionnaires. Se souvienton dans le monde que le budget des cultes est simplement une dette que l'état doit acquitter, et qu'il a contractée lorsque il a voulu rester possesseur des immenses biens dont l'Église de France a été dépouillée ? L'acquittement de cette dette, tel qu'il a été réglé, ne fait arriver au curé de campagne qu'un bien modique traitement. Il est maintenant plus pauvre que beaucoup de ses paroissiens; autrefois il était plus riche qu'eux. Mais il n'est plus tenté du moins d'exiger d'eux des redevances irritantes. Il n'attend d'eux que ce qu'ils voudront librement ajouter à ce qu'il reçoit de l'État.
Déjà lorsque il était chargé de prêcher des conférences ecclésiastiques à de jeunes clercs, Massillon en écrivit une sur l'usage des biens de l'Église, où se trouvent condensées toutes les idées qu'il développa plus tard dans ses discours synodaux. C'est sans contredit celle de ses œuvres qui se rapprochait le plus de l'éloquence mâle et vigoureuse de Démosthènes. Gomme s'il entrevoyait l'avenir, il se demandait si le trop grand attachement aux biens de la terre ne serait pas puni un jour et si le clergé ne serait pas dépouillé violemment de ses richesses. Rappelant qu'une des causes de la rapide propagation du protestantisme fut l'opulence de l'Église d'Allemagne, il ajouta : a- Et que sais-je si le même abus qui règne parmi nous n'attirera pas un jour à nos successeurs la même peine, et si la justice de Dieu ne permettra pas que des biens sacrés, dont l'usage déshonore si fort son Église, soient livrés aux ennemis de son nom, et deviennent, comme parmi tant de peuples séparés de l'unité, la proie de l'hérésie? »
Devenu évêque de Clermont, Massillon dut publier