‹ MassillonChapitre 185 sur 215 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

une ordonnance pour faire pratiquer le désintéressement dans l'exercice des fonctions sacerdotales, pourmettre des bornes à l'avarice et à la dureté de certains curés envers les fidèles qui lui adressèrent leurs justes plaintes et dont l'oppression le toucha. Mais les sages barrières que cette ordonnance mettait à la cupidité furent quelquefois franchies. Des tribunaux laïques retentirent tour à tour des plaintes des curés et de celles de leurs paroissiens. Ces contestations pouvaient rendre plus sûrs Iss droits des pasteurs, mais elles ne 1 es rendaient pas plus respectables. Le peuple s'obstinait à refuser ce que ses chefs spirituels s'obstinaient à exiger de lui avec rigueur. En flétrissant l'avarice dans le synode de 1735, Massillon s'écria : « Voilà, mes frères, il faut le dire ici, la plaie la plus universelle du sacerdoce, voilà le vice qui souille presque toute la sainteté et la bonne odeur du sanctuaire. Tous ne le portent pas à un certain excès; mais il en est peu que cette lèpre ne salisse... » Massillon trace ensuite le portrait du prêtre avare. Pour le rendre plus repoussant, il grossit les traits et assombrit les couleurs. « Les plaintes et les murmures d'un pauvre peuple, vexé et opprimé par l'excès et la dureté de ses exactions, l'endurcissent loin de le toucher et de l'attendrir. Son cœur devient plus dur et plus insensible, à mesure que les cris des malheureux augmentent, et il redouble de barbarie envers ceux qui ont osé même nous en porter leurs plaintes. Qu'il voie son peuple frappé de mortalité, ne croyez pas qu'il soit occupé si leur mort sera précieuse devant Dieu ; le profit infâme qui lui en revient est l'unique objet qui l'occupe, le seul qui le console de leur perte ; j'ai horreur de le dire, le seul peut-être qui fait le sujet de sa barbare joie : disposé à laisser le corps précieux d'un fidèle, d'un membre de Jésus-Christ, en proie aux oiseaux du ciel et aux

animaux de la terre, si une famille indigente ne capitule avec son avarice , et n'assure d'avance , par un prix excessif, à ce pauvre défunt, la consolation de se voir réuni par la sépulture à ses frères, auxquels la foi l'avait uni sur la terre (1). )>

Massillon montre ensuite le prêtre avare achetant des droits litigieux, se faisant adjuger des biens que leur possesseur trop pauvre n'a pas le moyen de défendre ; prêtant de l'argent à des conditions usuraires, se livrant, pour augmenter sa fortune, à des trafics bas et honteux. « Il paraît plus souvent dans les marchés publics que dans son église et dans les fonctions de sa paroisse. Plus instruit des moyens sordides d'amasser et des règles obcures d'un vil commerce, que des règles de l'Église, il oublie qu'il est père, qu'il est pasteur, qu'il est honoré du titre sublime de ministre de Jésus-Christ. Le seul titre qui le touche et dont il fait usage est celui de vil commerçant. Ne lui parlez pas du gain et du salut des âmes dont il doit répondre, c'est un langage inconnu qu'il n'entend pas, et tout ce qui ne grossit pas son infâme trésor est pour lui une vaine spéculation et une chimère. Il avilit la dignité de son caractère par des mœurs basses et sordides, et il devient par sa vile épargne et par la crasse même de ses vêtements et l'indécence de tout son extérieur, un spectacle de dérision pour son peuple et de honte pour ses confrères. »

Grâce à Dieu, aucun évêque de nos jours n'adresserait à son clergé des discours synodaux tels que ceux de Massillon sur l'avarice des prêtres et sur la compassion envers les pauvres. Assurément aucun diocèse ne peut se vanter de posséder un clergé absolument parfait, dont tous les membres pratiquent le plus complet désintéressement. La perfection idéale ne se réalisera jamais sur

^1) Troisième discours : De la compassion des pauvres.

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