CHAPITRE XIII
la terre, où les germes mauvais renaissent plus aisément qu'on ne les extirpe. Mais il nous semble qu'il est des abus qui sont devenus impossibles, et des excès dans lesquels on ne peut plus tomber. Tout ce ce que Massillon déplorait comme une lèpre trop générale ne peut plus être qu'une exception. Cette persuasion doit consoler du changement survenu dans la situation matérielle de l'Église de France.
Après l'habitude de la prière , rien ne pouvait aider plus puissamment le clergé séculier à exercer le zèle, à pratiquer le désintéressement, à se maintenir dans l'esprit de sa vocation que le goût des études ecclésiastiques. Les lèvres des prêtres, dit l'Ecriture, doivent être les gardiennes de la science. L'ancienne Église de France comptait dans son sein un très-grand nombre de théologiens distingués. La Sorbonne et les autres Facultés de théologie rendaient les plus éminents services à la science sacrée. Elles conféraient des grades qu'on ne pouvait obtenir qu'après de longues et solides études. Elles obligeaient ceux qui aspiraient à ces grades à subir de sérieux examens et à donner des preuves publiques de l'étendue et de la profondeur de leurs connaissances. Pour obtenir le titre de bachelier il fallait soutenir pendant cinq heures la thèse appelée tentative. Elle roulait, sur la religion en général, sur Dieu et ses attributs, sur la création et la Providence, sur les anges et l'homme, sur la Trinité. On se préparait ensuite pendant deux ou trois années aux thèses qui précédaient la licence. La première appelée mineure roulait sur la théologie sacramentelle et durait cinq heures. La majeure ne traitait que de la théologie positive, elle durait dix heures. La Sorbonique roulait sur la grâce et l'incarnation, les actes humains et la conscience, les vertus et les péchés, elle durait depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir. Pour
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être reçu docteur, le licencié soutenait d'abord le soir une thèse ou série de propositions divisée en six colonnes. Les deux premières étaient consacrées à TÉcriture sainte, les deux suivantes à l'histoire de l'Église, les deux dernières à la théologie morale. Le lendemain, il soutenait sa dernière thèse, nommée Aulique^ dans une salle de l'archevêché, recevait solennellement son bonnet de docteur et puis se rendait à Notre-Dame et jurait de défendre jusqu'à l'effusion de son sang la foi catholique, apostolique et romaine (1).
Un grand nombre de jeunes ecclésiastiques, heureusement doués pour l'étude, s'appliquaient avec une infatigable persévérance à surmonter toutes les difficultés que présentaient ces examens. Ils n'y étaient pas uniquement déterminés, il faut l'avouer, par l'amour de la science pour elle-même. De précieux privilèges étaient attachés aux grades théologiques. Aujourd'hui la licence et le doctorat en théologie sont des titres qui, sans doute, ne peuvent pas nuire beaucoup, mais aussi ne peuvent pas servir beaucoup. Dans l'ancienne Église de France les gradués pouvaient seuls posséder les bénéfices les plus importants, tels que les archevêchés et les évêchés, les dignités des cathédrales, les prébendes théologales et les pénitenceries, les cures dans les villes et les lieux considérables. « Indépendamment de ces droits rigoureux que leur accordaient les lois ecclésiastiques et
(1) « Toutes ces thèses exerçaient l'esprit. Pour soutenir avec distinction ces exercices théologiques il fallait quelque talent de parler, quelque adresse à démêler l'objection à y répondre. L'usage de l'argumentation est une pratique excellente pour former l'esprit et lui donner de la justesse lorsqu'il en est susceptible. M. Turgot me disait souvent en riant et en parodiant le mot de M™^ Je la Ferté à M'"*" d'Olonne : « Mon cher abbé, il n'y a que nous, qui « avons fait notre licence, qui sachions raisonner exactement. » Et lui et moi nous en pensions bien quelque chose. > (Mémoires de Morellet. t. l^^, p. 30-