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CHAPITRE XII

civiles, et qui furent plus d'une fols étendus par le clergé de France, les docteurs et les licenciés étaient recherchés de toutes parts. Appelés par les évêques à occuper les premières dignités, les postes les plus éminents, plusieurs d'entre eux étaient promus à l'épiscopat et répandaient au loin le renom et l'influence de la mère commune, almx matris (1). »

Si la haute influence de la Sorbonne et des autres Facultés de théologie, dont elle était le modèle, si les privilèges attachés à des grades laborieusement obtenus, maintenaient dans l'ancienne Église de France un nombre considérable de prêtres profondément instruits, l'ensemble du clergé voué au ministère pastoral avait perdu le goût de l'étude et ne faisait rien pour accroître, ou même pour conserver les notions élémentaires qu'il avait dû acquérir avant d'être promu aux ordres sacrés. M. Dupanloup a pu dire sans exagération : « Le niveau de la science commune que tous les prêtres doivent posséder est plus élevé de nos jours qu'il ne le fut peutêtre jamais à aucune époque (2). » Massillon était entouré à Glermont de nombreux docteurs en théologie. Les Oratoriens et les Jésuites possédaient dans leurs maisons rivales plusieurs religieux entièrement voués aux études ecclésiastiques. Mais ses visites pastorales lui avaient prouvé que le clergé des campagnes n'avait pas honte d'être ignorant. Il ne négligea rien pour inspirer aux nombreux curés disséminés dans son vaste diocèse le désir de s'instruire et l'amour de la lecture. « Le sacerdoce, leur disait-il, est pour la plupart le terme fatal de leurs études . On ne s'était proposé que d'en savoir assez pour soutenir ces épreuves pénibles de doctrine et

(1) V. Des études religieuses en France depuis le dix-septième siècle jusqu'à nos jours, par l'abbé Duilhé de Saint-Projet, p. 294. ("2) Instruction sur les études ecclésiastiques, 9 avril 1855.

de capacité par où il faut passer pour être admis aux saints ordres. Est-on revêtu du saint et dernier caractère, on est charmé de n'avoir plus de compte à rendre aux hommes de son ignorance ou de sa capacité... On n'a plus de goût pour l'étude; on ne lit plus. Les livres sont devenus des meubles de rebut, souvent même on n'en a pas ; et c'est beaucoup quand le presbytère de certains pasteurs est décoré du moins de la présence d'une seul Bible. )> Il montrait ensuite à quelles suites funestes s'exposaient ceux qui perdaient l'habitude du travail, et au lieu d'acquérir chaque jour de nouvelles lumières, oubliaient le peu qu'ils avaient appris. « Je souffre de le dire ici, mais dites-le vous-mêmes à ma place, vous qui le voyez tous les jours. Quelle vie mènent d'ordinaire ces pasteurs sans nulle étude, ignorants, oiseux et désœuvrés, au fond de leur campagne?... Aucun livre, aucune étude ne les attachent à leur presbytère ; le séjour leur en devient insupportable. Sans cesse errants, ou pour dissiper leur ennui , ou pour aller dissiper celui de quelques-uns de leurs confrères qui font profession de la même oisiveté qu'eux ; si quelque obstacle les retient dans leur paroisse, ce n'est que pour y traîner leur inutilité de maison en maison, et se montrer trop souvent à leurs paroissiens pour pouvoir espérer de leur être jamais utiles. » Plusieurs préféraient à l'étude le jeu et la chasse. Massillon leur fit sentir que l'habitude du jeu fait perdre à un prêtre le goût de tout ce qu'il y a de saint et de sérieux dans son état. Il condamnait en termes sévères l'habitude de la chasse qu'il regardait comme une occupation peu décente pour un prêtre, comme un exercice qui ne convenait pas à la douceur et à la dignité de son caractère. « Il néglige son troupeau, il ne daigne pas d'aller au secours de celles de ses brebis qui périssent, et il court comme un insensé après des animaux. 11

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