‹ MassillonChapitre 188 sur 215 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

s'attache à une proie vile et il méprise la proie sainte d'une âme qu'il pourrait gagner à Jésus-Christ et l'enlever à

la puissance du démon Quelle vénération peuvent

avoir les peuples pour un pasteur qu'on voit tenir en ses mains le signe et le gage de notre salut, après avoir vu, il n'y a qu'un moment, ces mains destinées à des usages si divins, employées à manier des armes meurtrières et dressées à porter la mort et la terreur à de vils animaux (1). »

Pour ranimer le goût de Tétude et faciliter l'habitude du travail, Massillon renouvela les ordonnances de ses prédécesseurs sur les conférences ecclésiastiques. Il eut la douleur, sur la fin de sa vie, de voir ces ordonnances mal observées. Dans son dernier discours synodal, avec Taccent de la tristesse, sinon du découragement, il supplia son clergé d'assister fidèlement à ces conférences. Chargé d'années et n'ayant plus que peu de mois à vivre, il se sentait accablé sous le fardeau de l'épiscopat et il eut la pensée de se démettre d'an joug qui lui attirait tant de peines. Il s'accuse lui-même, avec une touchante humilité, des imperfections de son clergé. « Si les premiers pasteurs, revêtus du don des miracles et remplis de tous les dons de l'Esprit- Saint visiblement répandus sur eux, malgré leur vigilance apostolique, ne pouvaient pas empêcher que des loups ne se glissassent dans le troupeau, que pourions -nous nous promettre, nous, leurs indignes successeurs dans l'épiscopat, de notre négligence, de la faiblesse de notre foi et de notre piété, et de la médiocrité de nos talents et de nos lumières? » Se plaignant ensuite du relâchement de plusieurs curés sur la tenue des conférences, il s'écrie : « Aurais-je la douleur, mes frères, de voir s'affaiblir et tomber presque, sous mon épiscopat, un usage si honorable à mon clergé et que (1) Discours sur la modestie des clercs, 3^ réflexion.

j'ai reçu encore comme tout fervent et comme un dépôt précieux des mains de mes prédécesseurs ? » Après tant d'avertissements inutiles, il était nécessaire de punir ceux qui, malgré les désirs si souvent exprimés de leur évêque, persistaient à se tenir éloignés des conférences. Le caractère de Massillon se révèle dans la seule punition qu'il voulut infliger à ceux qui refusaient d'obéir. « Voici, mes frères, la seule peine que nous prononçons en plein synode contre les curés qui s'absentent habituellement de la conférence de leur canton : ils seront d'abord avertis, après une ou deux absences, par le directeur ou le promoteur de la conférence. Si, malgré ^^s monitions, ils continuent de s'absenter sans alléguer de raison valable de leur absence, l'assemblée, après ous les avoir dénoncés, les en déclarera de notre part ubliquement exclus pour toujours, comme indignes de participer aux droits de leurs confrères, dont ils méprisent la société. »

Massillon instruisait son clergé par ses exemples aussi bien que par ses paroles. Le souvenir de ses vertus épiscopales s'est fidèlement conservé à Clermont, et sur ce point les témoignages contemporains sont unanimes . Il donna des preuves publiques de son désintéressement. Ses autres vertus, quoique plus cachées, se révélèrent assez pour être un sujet d'édification. Son humilité était sincère. Elle l'empêcha de publier ses sermons et de jouir pendant sa vie de la gloire dont ils devaient entourer son nom. En les léguant à son neveu il le conjura de les garder pour son usage, « son intention n'étant pas qu'ils soient jamais donnés au public. » Tout ce qu'il a écrit pendant son épiscopat respire une douce et profonde piété. La vieillesse ne ralentit pas son zèle pour les progrès spirituels du diocèse confié à ses soins. M. Sainte-Beuve, qui a parlé si gravement de

Page 1