CHAPITRE XIII
Massillon dans ses Causeries^ a pris un ton plus léger quand il a rappelé son souvenir dans V Histoire de Portroyal,' qui prêtait plus souvent à la pesanteur qu'à la légèreté. Il se fait l'écho des médisances jansénistes, (c Massillon, dit-il, jeune et dans l'Oratoire avait eu une veine de ferveur qui plus tard s'était fort calmée.,. Son talent naturel, comme il arrive à tant de grands talents, était resté chez lui assez indépendant du fond de l'inspiration même. Si le père Massillon, du temps qu'il était à Saint- Honoré, (lisez Saint-Magloire,) avait paru bien humble et occupé seulement de l'éternité, l'évêque vieillissant semblait avoir légèrement oublié son sermon sur le petit nombre des élus. Aux années où il prêchait devant la cour il disait à quelqu'un qui lui parlait de ses sermons : a Quand on approche de cette avenue de Versailles on sent un air amollissant. » Cet air avait fini par agirsur l'éloquence même, et, prélat, il en avait aussi emporté quelque chose. Il vivait riche, mondain, trèspoli, ne fuyant nullement la compagnie des personnesdii sexe et ne s'interdisant pas les honnêtes divertissements de la société . »
Ce tableau de la vieillesse de Massillon, plus perfide par ce qu'il insinue que par ce qu'il affirme, est en contradiction avec tous les témoignages que M. Sainte-Beuve aurait pu recueillir à Glermont, et qu'il aurait dû préférer aux méchanchetés recueillies en Hollande. Gomment ignore-t-il, lui qui se pique d'être moraUste, qu'on ne s'attiédit pas après soixante ans , lorsque on a été fervent jusqu'à cet âge? Si Massillon avait été mondain, il n'aurait pas observé si rigoureusement l'obligation de la résidence, et Paris l'aurait souvent attiré. Quant à sa richesse , on en connaît l'étendue et on sait l'usage qu'il en faisait. Pour tracer ce portrait de fantaisie, M, Sainte-Beuve n'a consulté qu'une anecdote que
les jansénistes de Hollande racontaient, dit-il, en se signant d'horreur, et qu'il préfère montrer avec un sourire. On dit qu'un jour de grande fête, au sortir du dîner, le prélat étant à jouer avec les dames, après que le jeu eut duré assez longtemps, quelqu'un fit remarquer que c'en était assez pour un jour de grande fête et qu'il fallait donner quelque chose à l'édification. L'évêque alla sur-le-champ chercher un de ses sermons et le lut. Alors une de ces dames lui dit que si elle avait fait un pareil écrit elle serait une sainte. Mais l'auteur, en moraliste avisé, répondit qu'il y a un pont bien large de l'esprit au cœur; sur quoi un père de l'Oratoire, qui était dans un coin, ajouta : « Et il y a bien quatre arches de ce pont de rompues. » Cette anecdote, fût-elle exacte, ne prouverait pas tout ce qu'on veut lui faire prouver. Elle est assez agréable, dit M. Sainte-Beuve, qui ne se demande pas si elle est assez vraisemblable. Personne pourtant ne pouvait mieux que lui se défier de la valeur historique des anecdotes jansénistes. S'il avait relu le P. Bougerel, il y aurait vu qu'on remarquait en Massillon une « attention pour tout ce qui regardait l'accomplissement de ses devoirs dont il ne s'est jamais départi. » Cet oratorien, qui était son contemporain, affirme n'avoir écrit que ce qui était connu de tout le monde.
Dès qu'il eut prit possession de son siège, Massillon n'eut rien de plus empressé que de travailler à l'instruction et à la sanctification de son clergé. L'année même de son arrivée à Glermont il chargea le directeur du grand séminaire de rédiger un plan d'éducation cléricale. Il pubha lui-même, le 31 mars 1725,- un mandement à ce sujet. Non-seulement il y renouvelait les ordonnances rendues par ses précesseurs, relativement aux exercices du séminaire, mais il y ajoutait plusieurs