CHAPITRE XIII
règlements nouveaux (1). Quelques années après, il établit dans son diocèse une maison de retraite pour les prêtres vieux et infirmes. M. Grozat, le cadet, avait donné pour cet établissement quarante mille écus déposés par lui à la monnaie. Le Gouvernement faisant des difficultés pour payer les arrérages de ce dépôt, le prélat écrivit au cardinal de Fleury, le suppliant de lui faire obtenir une faveur qu'il avait bien voulu accorder à l'évêque de Laon. « Je n'ai jamais compté que sur votre protection, lui disait-il. Ge n'est pas pour moi que je la réclame, je n'ai besoin de rien... mais je suis obligé de réclamer votre autorité et de vous importuner même quelquefois pour les intérêts de ce pauvre diocèse que la providence m'a confie (2) . »
Plein de compassion pour la vieillesse et les infirmités de ses prêtres, Massillon était profondément touché de la misère du pauvre peuple dant il était le premier pasteur. Une de ses plus belles lettres est assurément celle qu'il écrivit au cardinal de Fleury pour le conjurer de ne pas exiger des campagnes de l'Auvergne des impositions qu'elles étaient incapables de payer.
« Je supplie très-humblement VotreÉminencedenepas trouver mauvais que je sollicite une fois son cœur paternel pour les pauvres peuples de cette province. Je sens toute l'importance de pareilles remontrances, mais, Monseigneur, si les misères du troupeau ne viennent pas jusqu'à vous par la voix du pasteur, par où pourront-elles jamais y arriver? Il y a longtemps que tous les états et toutes les compagnies de l'Auvergne me pressent de représenter à Votre Éminence leur triste situation. Ge ne
(1) V. Notice sur le séminaire de Clermont par M. l'abbé Germond de Saint-Sulpice conservée en manuscrit à la bibliothèque du grand Séminaire.
(2) Extrait du catalogue des lettres autographes provenant du cabinet de M. le chevalier de R... y. Paris, Charavey.
sont point des plaintes et [des murmures de leur part, vous méritez trop de régner sur tous les cœurs. C'est uniquement leur confiance en votre amour pour les peuples qui emprunte ma voix. Ils vous regardent tous comme leur père et l'ange de l'état et sont trop persuadés que si, après avoir été informé de leurs besoins, vous ne les soulagez pas, c*est que le secours aurait peut-être des inconvénients plus dangereux que le besoin même, et que le bien public, qui est le grand objet du génie sage et universel qui nous gouverne, rend certains maux inévitables.
<c II est d'abord de notoriété, Monseigneur, que l'Auvergne, province sans commerce et presque sans débouchés, est pourtant de toutes les provinces du royaume, à proportion, la plus chargée de subsides. Le conseil ne l'ignore pas; ils sont poussés à plus de six millions, que le roi ne retirerait pas de toutes les terres d'Auvergne, s'il en était l'unique possesseur. Aussi, Monseigneur, les peuples de nos campagnes vivent dans une misère affreuse, sans lit, sans meubles. La plupart même, la moitié de l'année, manquent de pain d'orge ou d'avoine qui fait leur unique nourriture, et qu'ils sont obligés de s'arracher de la bouche et de celle de leurs enfants, pour payer leurs impositions.
« J'ai la douleur d'avoir chaque année, Monseigneur, ce triste spectacle devant les yeux dans mes visites. Non, Monseigneur, c'est un fait certain que dans tout le reste de la France, il n'y a pas de peuple plus pauvre et plus misérable que celui-ci. Il Test au point que les nègres de nos îles sont infiniment plus heureux, car en travaillant ils sont nourris et habillés, eux, leurs femmes et leurs enfants, au lieu que nos paysans, les plus laborieux du royaume, ne peuvent, avec le travail le plus opiniâtre, avoir du pain pour eux et pour leur famille et payer leur