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CHAPITRE II

Accablé par le poids des années, ce bon archevêque avait passionnément souhaité d'avoir son neveu pour coadjuteur. Quand ses désirs furent comblés, il en éprouva la plus vive joie ; mais cette joie ne dura pas longtemps. Pierre de Villars conçut contre son neveu une jalousie incroyable. « Il s'imagina que le mérite du « jeune prélat offusquait le sien, et que tous les cœurs « de ses diocésains l'abandonnaient, pour se tourner « vers le nouvel archevêque. » Henri de Villars dut quitter le palais archiépiscopal et vivre dans la retraite jusqu'à la mort de son oncle qui arriva en 1662.

Lorsqu'il lui fallut gouverner seul l'église de Vienne, il eut de bien autres soucis. Victime des [libertés gallicanes, il vit ce que gagne l'église à déclarer le roi protecteur des saints canons. Le parlement de Grenoble prit plaisir à contrecarrer son administration. « On « compte jusqu'à quatorze arrêts rendus contre lui par « ce parlement, que le conseil privé cassa. » Il dépensa plus de cent mille francs pour demander justice, et ne l'obtint pas toujours. Tout le temps qu'il ne consacrait pas à la visite pastorale de son diocèse, il le passait à plaider. Mais ce ne fut pas pour ses intérêts particuliers, qu'il soutint tant de procès. « Les droits de Fépiscopat « à défendre, la discipline de l'église à maintenir, des « prétentions injustes à réprimer, des ecclésiastiques peu a réglés à réduire, quelques avantages à procurer à son « séminaire ou aux pauvres clercs de son diocèse, les « privilèges et les immunités de son clergé à soutenir, tt furent les seuls motifs qui l'engagèrent, contre son « inclination, à paraître si souvent devant les tribunaux « séculiers, comme partie, ou sur son tribunal, comme « juge(l). »

(1) Maupertuy. loc, cit.

Il ne sera pas inutile de rapporter quelques exemples delà manière dont messieurs du parlement de Grenoble, catholiques sincères, sans doute, traitaient les afifaires de l'église de Vienne.

Un clerc, nommé Floris Romanet, pourvu en cour de Rome de la cure de Saint-Saturnin, l'une des plus considérables du diocèse de Vienne, se présenta à l'archevêque pour être promu aux ordres sacrés et obtenir de lui le visa pour ce bénéfice. Comme il avait peu de capacité et que ses mœurs n'étaient pas fort régulières, l'archevêque lui déclara qu'il ne lui donnerait les ordres qu'après un séjour de quelques années dans un séminaire. Romanet prit cette réponse pour un refus formel et se pourvut auprès du parlement de Grenoble, qui ordonna à l'archevêque d'exposer ses causes de refus, sans quoi il serait permis à Romanet de se pourvoir devant un autre évêque pour avoir son visa. L'évêque de Grenoble repoussa, lui aussi, les demandes de Romanet, qui eut une seconde fois recours au parlement.

Un nouvel arrêt lui permit de prendre possession de la cure de Saint- Saturnin, après avoir fait sa profession de foi devant le premier prêtre approuvé. Un notaire, commis à cet effet pour le parlement, le mit en possession de sa cure. S'étant fait ordonner en Italie, Romanet vint exercer à Saint-Saturnin toutes les fonctions curiales. Le promoteur du diocèse informa contre cet intrus: défense lui fut signifiée de faire les fonctions de prêtre et de curé. Romanet en appela comme d'abus auprès du parlement, qui accepta son appel et déclara nulle la semence de l'otricial. L'archevêque de son côté, en appela au conseil privé, qui évoqua la cause, cassa tous les arrêts du parlement de Grenoble, condamna Roma-

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