CHAPITRE XIV
conférences ecclésiastiques prouvèrent l'universelle adhésion de son clergé. Un religieux de Riom, le P. Mercier, du couvent des Cordeliers, le félicita de son zèle et lui proposa d'en instruire la Cour et la France entière. Massillon lui écrivit, le 19 novembre 1724, une lettre qui nous a été conservée et qui montre avec quelle promptitude il était parvenu à pacifier son diocèse.
« Vous me félicitez, mon cher Père, sur le dernier procès-verbal de la conférence de Riom, comme si c'était un nouveau règlement dans mon diocèse. Il est aussi ancien que mon épiscopat; et dans le premier synode que je tins en y entrant, je renouvelai l'ordonnance de mon prédécesseur sur l'acceptation de la bulle Unigenitus et sur la défense de lire le livre des Réflexions morales. Si j'ai ordonné qu'on rappelât cette ordonnance dans la dernière conférence de Riom, c'est sur l'avis que me donna un de mes grands vicaires, qu'il y avait encore quelques personnes qui ne se faisaient point un scrupule de lire ce livre condamné par l'Église.
« Vous me demandez une copie du procès-verbal, pour l'envoyer, dites- vous, en Cour et partout ailleurs, selon votre zèle; et je n'ai pu m'empêcher d'en rire. Mais je vous dirai que je n'ai pas besoin d'être prôné; qu'ainsi je veux bien vous avoir pour ami, non pour procureur. C'est faire injure à un évêque de croire le louer en publiant qu'il maintient l'intégrité d'un dépôt dans son église. C'est à nous à rendre ce témoignage aux autres et non pas à le recevoir d'eux. Ce serait d'ailleurs une ostentation pitoyable de publier dans des diocèses étrangers des actes domestiques que j'aurais été obligé de faire pour le bon ordre de mon diocèse. Un évêque doit être plus obligé à faire son devoir qu'à faire du bruit, à moins que l'Église ou ses talents ne l'appellent à combattre l'erreur par des écrits publics^
« Vous voyez que mon diocèse, que j'ai trouvé plein de troubles en y entrant, est aujourd'hui le plus paisible du royaume. Je l'attribue moins à mes soins qu'à une protection particulière de Dieu sur cette grande église, et à celle de tant de saints évêquesqui l'ont gouvernée et dont je suis le successeur indigne. J'en ai fait sortir tous les réappelants et le petit nombre d'appelants qui restent sont venus se soumettre à moi et m*ont témoigné être disposés à faire tout ce que j'exigerais d'eux. Toutes les disputes sont si fort tombées ici qu'on ne parle non plus des erreurs condamnées que de celles de Nestorius et d'Eutychès.
« Si vous avez trouvé quelques laïcs qui sont entrés en contestation avec vous, c'est que, tout plein de ces matières, vous croyez par un bon zèle devoir en parler à tout le monde; et il n'est pas étonnant qu'il se soit trouvé des laïcs qui , par un esprit de contradiction ou par une mauvaise plaisanterie, ont affecté là-dessus de vous contredire. Il faut les instruire de leurs devoirs e ne pas les accoutumer à disputer sur les matières qui les passent.
« Une des grandes plaies que le jansénisme ait faites à l'Eglise, c'est, à mon avis, d'avoir mis dans la bouche de femmes et de simples laïcs les plus relevés et les plus incompréhensibles mystères, et d'en avoir fait un sujet de conversation et de dispute . C'est ce qui a répandu l'irréligion. Il n'y a pas loin, pour les laïcs, de la dispute au doute et du doute à l'incrédulité.
« Aidez-moi, mon cher Père, à maintenir la sage tranquillité qui règne dans mon diocèse. Réservez- vous à instruire l'Église dans vos ouvrages que nous attendons avec impatience, et, en attendant, ne faites part de vos lumières qu'à ceux qui sont capables de vous entendre et d'en profiter. »