CHAPITRE XIV
termes et de la même manière que les évêques de Valence, de Glandèves, de Grasse et de Digne. Cet acte si vigoureux et si canonique mit en émoi tout le parti. On se demanda si Soanen devait se rendre à Embrun ou se dispenser d'y aller en prétextant son grand âge. Plusieurs l'exhortèrent à s'y rendre, lui disant qu'il en savait plus que ses juges et que sa seule présence les interdirait. Il suivit ce dernier conseil. On le vit arriver à cheval, escorté d'une vingtaine de cavaliers. C'étaient ses diocésains les plus dévoués qui avaient voulu lui former à leur manière une garde d'honneur et faire sur ses juges une bonne impression.
Le concile s'ouvrit le 16 août 1727 avec toute le majesté prescrite. Pour rendre leur jugement plus solennel, les Pères du concile invitèrent treize évêques des provinces ecclésiastiques voisines à venir prendre part à leurs délibérations. Il y en eut trois qui s'excusèrent sur des raisons de santé ; les dix autres se rendirent à l'invitation du concile (1). Les prélats réunis pour juger un de leurs confrères épuisèrent l'une,» après l'autre toutes les voies de la douceur et de la persuasion, afin de décider l'évêque de Séez à modifier ses sentiments et à rétracter son instruction pastorale. Tout en avouant qu'il ne l'avait pas rédigée lui-même, Soanen déclara qu'il en adoptait le fond et la forme , qu'il l'avait publiée et qu'il la soutenait en son entier. Désespérant de vaincre l'obstination de l'inflexible vieillard, le concile porta son jugement le 20 septembre. L'instruction pastorale de Févêque de Séez fut condamnée à l'unanimité, comme téméraire , scandaleuse , séditieuse,
(1) Ce furent MM. de Malissoles, évêque de Gap, de Belzunce, évêque de Marseille, de Castellanne, évêque de PVéjus, de Moucley, évêque d'Autun, Dousset évêque de Belley, de Vaccon, évêque d'Apt, de Villeneuve, évêque de Viviers, Milon, évêque de Valence, Caulet, évêque de Grenoble, Laffitau, évêque de Sisteron.
injurieuse à l'Église, aux évêques, à l'autorité royale, schismatique, remplie d'erreurs et fomentant des hérésies, principalement en ce qui y était contenu contre la signature pure et simple du formulaire, en ce qui y était faussement et injurieusement avancé contre la constitution Unigenifus, et en ce qui y était dit en faveur des Réflexions morales, » Le concile ordonna que l'évêque de Séez, en punition des excès dans lesquels il avait persisté opiniâtrement, demeurerait suspendu de tout pouvoir, de toute juridiction, de tout exercice de l'ordre épiscopal et sacerdotal. Il établit un grand vicaire dans le diocèse de Séez, pour le gouverner aux lieu et place de l'évêque suspendu et interdit. Il enj oignit à ce grand vicaire de convoquer le synode du diocèse, en arrivant à Séez, de faire signer purement et simplement le formulaire à ceux qui ne l'auraient pas souscrit, et de faire publier incessamment la bulle Unigenitus ddins toute l'étendue du diocèse (1). » Soanen fut obligé de se retirer chez les Bénédictins de l'abbaye de la Chaise-Dieu, non loin de Riom, sa patrie.
Les décrets du concile d'Embrun inspirèrent au cardinal de Noailles de sérieuses réflexions. Plus il vieillissait plus son engouement pour les Jansénistes, qu'il avait si ouvertement favorisés, se changeait en défiance. Il les voyait se diviser entre eux sur des points de doctrine importants. En Hollande plusieurs ne faisaient pas difficulté d'approuver l'usure, ce qui dut étonner le cardinal de Noailles, car peu d'années auparavant il avait publié, sous l'inspiration du parti, un mandement qui condamnait même le prêt à intérêt. Des visionnaires qu'on appela figuristes préludaient aux tristes spectacles que devaient donner les convulsionnaires de Saint-Médard . Préoccupé de plus en plus de son salut, le cardinal de
(1) V. Histoire de la constitution Unigenitus, liv. V.