CHAPITRE XIV
Noailles voulut l'assurer par sa soumission. Il écrivit au Pape, le 19 juillet 1728 : « Je vous atteste en présence de Jésus-Christ que je me soumets sincèrement à la bulle Vnigenitus^ que je condamne le livre des Réflexions morales et les cent une propositions qui en ont été extraites de la même manière qu'elles sont condamnées par la constitution et que je révoque mon instruction pastorale de 1719, avec tout ce qui a paru sous mon nom contre ladite bulle... Je dois avouer à Votre Sainteté que depuis que, par la grâce de Dieu, j'ai pris cette résolution, je me sens infmiment soulagé, que les jours sont devenus pour moi plus sereins et que mon âme jouit d'une paix et d'une tranquillité que je ne goûtais plus depuis longtemps. ») Trois mois après le cardinal réjouit l'Eglise par la publication d'un mandement qui fit connaître à son clergé et à la France entière sa soumission complète et absolue. 11 mourut peu de temps après avoir donné enfin cet exemple et accompli ce grand devoir. L'archevêque d'Aix, Mg"" du Luc de Vintimille lui succéda sur le siège de Paris. 11 eut la joie de voir le chapitre de l'Eglise métropolitaine s'empresser d'adhérer sollennellement à l'acceptation du cardinal de Noailles. De son côté la Faculté de théologie renouvela son décret d'acceptation du 10 mars 1714 et ordonna que tout ce qui avait été fait contre ce décret serait eifacé des registres. Les opposants ne furent plus qu'une petite minorité sans gloire et sans appui, tramant ses complots dans l'ombre, multipliant les libelles anonymes, sapant en aveugle les fondements de l'ordre social . Ces longues disputes religieuses, cette résistance acharnée à l'autorité devaient hâter l'heure des grandes catastrophes. Le jansénisme, qui s'était transformé en quesnelisme au commencement du siècle, entra dans une nouvelle phase qu'on pourrait appeler le parlementarisme. 11 cessa
d'être un système de doctrine pour devenir de plus en plus un système d'opposition.
L*exemple donné par le cardinal de Noailles fit espérer que l'évêque de Séez, éclairé à son tour par le voisinage de la mort, consentirait à faire sa soumission. Il n'en fut point ainsi . Massillon avait plus de droits que personne à exhorter à l'obéissance ce vieillard obstiné dont la condamnation avait fortifié la résistance en fortifiant son orgueil. L'un et l'autre avaient appartenu à la même congrégation avant d'être promus àl'épiscopat, l'un et l'autre avaient fait honneur à l'Oratoire par le succès de leur prédication. Massillon écrivit à Soanen plusieurs lettres. Deux seulement sont parvenues jusqu'à nous. Dans ses lettres, l'évêque de Glermontne dissimule pas la vérité, mais il n'oublie jamais ce qu'il doit à l'âge et au malheur. Gomment des réflexions si justes, présentées avec une convenance si parfaite, n'ont- elles pas décidé Soanen à renoncer à un parti pour ne s'attacher qu'à l'Eglise. La première lettre est datée du 19 janvier 1729 (1).
« Il est vrai, Monseigneur, qu'ayant appris, il y a six ou sept mois, que vous étiez indisposé à la Chaise-Dieu, j'eus l'honneur de vous offrir le château de Beauregard pour y venir changer d'air, dans la persuasion où j'étais encore que la courue vous aurait point refusé, ni à moi, cette consolation. La rigueur extrême de la saison me jette dans les mêmes inquiétudes à votre égard, et je
(1) On l'a toujours publiée jusqu'ici sous la date du 19 janvier 1728. Evidemment c'est une erreur. Le Concile d'Embrun s'est terminé le 20 septembre 1727 et Massillon rappelle qu'il a offert a Soanen le château de Beauregard, il y a six ou sept mois.
La seule lettre qui nous reste de Soanen à Massillon est datée du 18 avril 17-29. Il y est question de la lettre de Massillon du 19 janvier de la même année. — Le 16 mai 1728, Colbert, évêque de Montpellier, écrivait à Soanen : « On dit, Monseigneur, que vous avez reçu la visite de M. de Clermont. En ôtes-vous content? »