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CHAPITRE XIV

VOUS offre avec un cœur bien sincère, tout ce qui peut dépendre de moi pour vous ménager quelques adoucissements.

« Il est triste, Monseigneur, de souffrir et de souffrir en vain. Le plaisir que vous trouvez dans vos peines n'en justifie point le motif, vous savez que l'erreur a toujours eu ses martyrs comme la vérité. Plus votre terme approche, plus vous devez examiner devant Dieu si vous ne prenez point le change ; s'il est possible que l'Église ait canonisé l'erreur, et que vous seul, avec un petit nombre d'adhérents, soyez le défenseur de la vérité. Vous souffrez, dites-vous, pour empêcher que le molinisme ne devienne la doctrine de l'Église et que le clergé ne se départe de nos libertés et de nos maximes. Mais l'Église peut-elle jamais ériger en dogme une opinion ou fausse ou douteuse? Les portes de l'enfer pourraientelles donc prévaloir?

« J'ai eu l'honneur de conférer avec la plupart des évoques de France sur ces matières ; mais je n'en ai pas trouvé un seul qui ne fût prêt à souffrir plus que vous ne souffrez, plutôt que d'abandonner l'ancienne doctrine et nos libertés. Vous prétendez qu'on y donne atteinte en condamnant l'appel interjeté de la bulle UngenituSy mais l'Église a toujours improuvé ces appels interjetés sur des matières décidées. Nous conservons donc nos appels, mais nous condamnons l'usage que vous en faites.

« Vous afîligez l'Église par votre injuste séparation. Vous calomniez vos confrères ; vous nous regardez tous comme des déserteurs de la vérité, comme des évêques livrés à la cour et disposés à tout sacrifier pour une misérable fortune, c'est là du moins le langage de vos adhérents. Je suis assurément le plus faible et le plus imparfait de mes confrères ; mais je vous déclare devant Dieu que c'est l'amour de l'Église et de sa doctrine

tout seul, qui me relient dans l'union avec le Pape et tous mes confrères, que je croirais être hors de l'Église si j'en étais séparé , et que je perdrais plutôt mille vies que de rompre les liens sacrés qui font toute ma sûreté et ma consolation.

« Je demande tous les jours à Dieu, Monseigneur, qu'il vous mette dans les mêmes dispositions. Dépouillonsnous de toutes les complaisances inséparables de la singularité, regardons comme un piège que nous tend l'orgueil ce désir souvent caché à nous-mêmes de nous donner en spectacle. Il est terrible d'être tout seul de son côté et d'avoir contre soi tout ce qui porte un nom d'autorité dans l'Église ; cette solitude, loin de flatter l'amour-propre, doit alarmer la foi. Il faut pour être tranquille dans cet état, pouvoir parvenir à se persuader qu'on est seul plus éclairé ou plus sincère que tout l'univers ensemble, et penser, comme le pharisien, qu'on n'est pas fait comme le reste des hommes.

« Recevez, Monseigneur^ ces effusions de mon 'cœur avec la même simplicité que je l'épanché dans le vôtre. Elles ne sont en effet que les suites de l'attachement tendre et respectueux avec lequel je suis, cette année et toutes celles qui la suivront, votre, etc. »

La seconde lettre, plus développée et plus pressante que la première, convainquit peut-être Soanen, mais elle ne le persuada pas. Il était comme un arbre vieilli dans une fausse direction, qu'on peut déraciner mais qu'on ne peut pas redresser. Cette lettre est du 14 février 1729.

« Je crains, Monseigneur, qu'il ne me soit échappé dans ma dernière lettre quelque terme qui ait pu vous déplaire. Ce serait vitesse et inattention plutôt que mauvaise volonté. Je vous proteste que je ne me serais point permis de vous parier de ces tristes discussions si vous ne m'en aviez donné lieu par votre lettre. Dieu m'est

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