CHAPITRE XIV
témoin que loin de vouloir ajouter une nouvelle douleur à vos peines, je souhaiterais pouvoir les partager avec vous, pour vous en soulager, sans partager néanmoins le motif qui vous les fait souffrir. Si vous connaissiez, Monseigneur, mon respect pour votre âge, pour vos vertus épiscopales, et pour vos talents, vous connaîtriez que tout ce que j'ai l'honneur de vous écrire ne part que de l'affliction profonde où je suis de voir tous les dons que vous avez reçus du ciel pour l'utilité et l'édification de l'Eglise, tournés contre elle.
ce Je ne voudrais pour me défier de la bonté de votre cause que lire les écrits odieux que vos apologistes répandent tous les jours dans le public. Je ne compte pour rien les invectives et les satires dont ils sont assaisonnés contre le Pape et ce qu'il y a de respectable dans l'Église, ce qui a toujours été, comme vous le savez, le style du schisme et de l'erreur ; mais tous les principes y sont renversés : il n'y a plus de décisions, il n^y a plus d'Église que le concile ne soit assemblé. La voix unanime du Pape et de tous les évêques (ensemble n'est plus qu'un vain son; Jésus-Christ n'est plus avec nous, il faut retourner à Trente , pour l'y trouver. En attendant, tout particulier peut dogmatiser, et nulle autorité n'est en droit de lui imposer silence. Quand tout le corps des pasteurs se réunirait pour le condamner, ce ne serait point l'Église, qui n'existe pas jusqu'à la tenue du concile, et l'anathème retomberait sur eux.
« Je viens de lire un livre intitulé : Jésus-Christ sous Vanathème. L'auteur y décide nettement que, comme la synagogue prévariqua en condamnant Jésus-Christ, l'Eglise a prévariqué en condamnant le P. Quesnel; que l'église, comme la synagogue alors, est dans la défection générale prédite dans l'Évangile, que les pharisiens et les sadducéens sont encore parmi nous les maîtres de
la doctrine, c'est-à-dire, les jésuites dénotés par les premiers, qui n'ont qu'une écorce de religion, et les êvêques, marqués par les sadducéens, qui n'en ont pas du tout.
«Ces blasphèmes, mon cher seigneur, ne font-ilspas horreur à votre piété ? Une bonne cause serait-elle défendue par de tels excès ? Ou plutôt quand il faut nécessairement en venir là pour la défendre n'est-ce pas la marque d'un caractère de réprobation? Peut-on être en sûreté à l'abri de ces impiétés? Ne laissez point séduire, mon cher seigneur, votre zèle et votre bonne foi par les louanges de ceux qui vous applaudissent : ce sont des esprits factieux et excessifs et vous devriez les avoir connus. S'ils voulaient précisément soutenir un dogme nous serions bientôt d'accord; mais ils outrent tout et c'est ce que la sagesse de l'église ne souiïrira jamais.
« Les jésuites ont leurs opinions que l'Église tolère; mais croyez-vous que la plupart des évêques pensent et enseignent comme eux? je puis attester le contraire. Au lieu de vous unir à nous pour nous aider à soutenir la même doctrine et la saine morale, vous nous affaiblissez en vous séparant de nous; vous donnez de nouvelles armes au molinisme ; vous aidez ses sectateurs à persuader au monde qu'on ne peut combattre leur doctrine sans tomber dans des excès opposés; et votre conduite seule serait capable de la faire prévaloir sur la vérité.
« Unissez-vous donc à nous. Monseigneur. Votre zèle et vos lumières nous seront d'un grand secours. Venez défendre avec nous la vérité, mais avec les armes de l'Église, mais dans son sein, mais sous ses étendards , mais avec vos confrères qui vous aiment et qui donneraient leur vie pour vous arracher du camp ennemi, auquel vous n'appartenez point.
(c Pouvez-vous vous persuader que vous -ne seriez point en sûreté, uni à la mère-Église de Rome et à tout l'épis-